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Un Pic ? Quel Pic ?

Selon les chiffres publiés vendredi dernier, l’inflation reste obstinément élevée aux Etats-Unis. Alors que de nombreux acteurs espéraient voir l’indice des prix à la consommation (IPC) avoir marqué un pic, les prix ont progressé plus qu’anticipé en mai pour atteindre leur niveau le plus élevé depuis décembre 1981 (8,6%) en glissement annuel.

Une hausse de 50 pb du taux directeur de la Fed lors de la réunion de son Comité de politique monétaire cette semaine et une hausse du même ordre en juillet semblent dès lors acquises. Mais le marché n’écarte pas la possibilité d’un durcissement plus rapide (certains tablent sur une hausse de 75 pb cette semaine, tandis que les marchés à terme ont revu à la hausse le niveau du taux des Fed Funds attendu en fin d’année). Nous nous interrogeons sur le bien-fondé de cette hypothèse. Le resserrement des conditions financières ayant déjà un impact sur le marché hypothécaire et la confiance des consommateurs étant en chute libre, la Fed est certainement consciente du risque de faire basculer les Etats-Unis dans la récession. Cela étant, que la Fed avance à petits pas ou qu’elle accélère son resserrement sous la pression des instances politiques réclamant une lutte énergique contre l’inflation, la situation est globalement délicate pour les différents actifs, ce qui justifie une approche prudente et défensive de la gestion de portefeuille.

Nous surveillerons une série d’indicateurs en provenance de Chine cette semaine: les chiffres de mai sur la production industrielle, les ventes de détail et les investissements fixes donneront un aperçu de la manière dont la Chine sort des récentes mesures très strictes de confinement. La semaine dernière a été marquée par une actualité favorable, avec des chiffres des exportations plus élevés que prévu. Ce contexte annonce des opportunités liées à la réouverture, mais la Chine n’est pas encore tirée d’affaire. D’une part, des éclaircies sur le front du commerce international (la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a jugé qu’il était temps de «reconfigurer» les droits de douane de l’ère Trump) pourraient continuer à renforcer l’attrait des actifs chinois. D’autre part, les tensions avec les Etats-Unis au sujet de Taïwan s’aggravent, alors que le secteur immobilier reste embourbé dans les difficultés. A ce stade, il semble que la reprise des dépenses des ménages pourrait être laborieuse, notamment en raison de la faiblesse de l’effort de relance en Chine, reflet d’une forte détérioration des recettes fiscales du gouvernement. Notre prévision de croissance du PIB chinois, qui s’établit à 4% pour cette année, est bien inférieure à l’objectif officiel de 5,5%.

L’annonce par la Banque centrale européenne (BCE) de hausses de taux à partir du mois prochain n’a guère soutenu l’euro, qui a plongé par rapport au dollar la semaine dernière. Cette défiance tient notamment au fait que la BCE n’a pas précisé comment elle entendait faire face aux risques posés par la hausse des rendements obligataires dans les pays périphériques, en particulier l’Italie. Si la banque centrale ne semble pas s’émouvoir de l’élargissement des spreads entre les Bunds et la dette italienne à court terme – relativement limité pour l’instant –, il conviendra de surveiller l’évolution de la dette à deux ans. La BCE devrait finir par proposer un dispositif permettant de limiter la «fragmentation» financière, mais les obligations italiennes resteront menacées dans l’intervalle. Nous sous-pondérons toujours les obligations périphériques de la zone euro.

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