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Réduire les risques

Dans la mesure où la volatilité va probablement perdurer dans les mois à venir, il nous semble judicieux d’adopter une approche plus prudente en matière de gestion de portefeuille de crédit. Par conséquent, nous avons réduit le risque de taux d’intérêt et de crédit tout en conservant...

La remontée des taux et la hausse de l’inflation assombrissent les perspectives du crédit. La prudence est donc de mise.

Malgré la récession enregistrée en 2020, l’économie mondiale s’est rapidement redressée. Avec la levée des mesures de confinement, la demande des ménages a explosé et l’offre a tenté de suivre le rythme. Selon les estimations, l’économie mondiale a enregistré une croissance de 5,5% en 2021, le rythme le plus rapide depuis 80 ans[1].

Ce rebond soutenu des économies à l’échelle mondiale a toutefois entraîné une hausse tout aussi rapide de l’inflation. Depuis plus d’une décennie, les banques centrales des pays développés se concentrent sur des mesures de relance budgétaire et monétaire, accompagnées de taux d’intérêt bas, voire négatifs. Toutefois, le spectre de la hausse de l’inflation, qui semble de moins en moins transitoire, entraîne une réorientation massive des politiques des banques centrales et créé de l’incertitude sur les marchés du crédit, ce qui incite à la prudence.

Risque sur les taux d’intérêt

Aux États-Unis, la hausse de l’inflation a conduit la Réserve fédérale américaine (Fed) à adopter une attitude plus agressive et les marchés prévoient désormais trois, quatre, voire six hausses de taux en 2022. Il est difficile de prédire le nombre de hausse des taux ainsi que leur rythme, mais il est selon nous peu probable que la Fed décide aveuglément de relever les taux à plusieurs reprises. Elle doit au contraire adopter une approche progressive pour augmenter de manière mesurée les taux d’intérêt.

Si elle adopte dès aujourd’hui une politique trop agressive, elle réduira sa capacité à faire marche arrière en cas de besoin. Toutefois, nous reconnaissons que la Fed pourrait être confrontée à un dilemme si l’inflation reste élevée et que l’économie ralentit.

La Banque centrale européenne (BCE), quant à elle, comme c’est le cas depuis un certain temps, se montre plus accommodante et continue à penser que les pressions inflationnistes seront «transitoires». Elle ne s’appuie que sur ses propres données et prévisions, ce qui, à notre avis, est quelque peu dangereux.

Ses données semblent de plus en plus diverger des hypothèses du marché s’agissant de la trajectoire inflationniste.

Certains membres du conseil de politique monétaire ont récemment changé de positionnement et de discours et ont reconnu que l’évolution de l’inflation était difficile à prévoir et que leurs projections devaient être considérées comme une sorte de «guide».

Nous saluons cette évolution car la BCE pourrait se retrouver dans une position difficile et perdre toute crédibilité si ses propres projections s’avéraient incorrectes et que le marché finissait par dicter l’orientation des taux.

Malgré une augmentation déjà marquée depuis le début de l’année, les taux d’intérêt pourraient encore évoluer. Pour les investisseurs crédit, une allocation aux instruments de duration courte moins exposés au risque de taux d’intérêt pourrait être une option intéressante, en raison des incertitudes sur les taux.

Risque de crédit

Ces derniers mois, la volatilité a fortement augmenté sur les marchés du crédit, avec un élargissement significatif des spreads en novembre et janvier en raison des craintes d’un durcissement de ton de la part de la Fed. Des incertitudes pèsent également sur les perspectives du crédit.

Jusqu’à présent, les fondamentaux des entreprises ont remarquablement bien résisté aux pressions telles que les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’augmentation des coûts de l’énergie.

Pourtant, alors que nous entrons dans la saison des résultats du quatrième trimestre, le contexte semble évoluer. La croissance des chiffres d’affaires a été relativement soutenue, mais la rentabilité a diminué en raison de la hausse des prix à la consommation et à la production.

Les prix à la production ont augmenté beaucoup plus que les prix à la consommation, en moyenne de 25% pour l’IPP[2] et d’environ 5% pour l’IPC (en glissement annuel).[3] Ces tendances rognent les marges et pourrait se traduire par des hausses de prix prononcées si les entreprises tentent d’en récupérer une partie.

Nous pensons que les goulets d’étranglement du côté de l’offre, qui sont apparus pendant la pandémie, ne sont probablement pas exclusivement liés à la situation sanitaire. Nous assistons à une mutation à l’échelle mondiale et nous pensons que l’inflation est une problématique à plus long terme qui dépend de l’évolution fondamentale du modèle économique mondial et qui devrait avoir un impact sur les entreprises pendant un certain temps.

La position de la Chine en matière de commerce international a évolué car le pays donne désormais la priorité à la consommation intérieure. Le dérèglement climatique et la transition vers la neutralité carbone ont des répercussions importantes sur le mode de fonctionnement des entreprises, notamment sur leur approvisionnement en énergie, ce qui a une incidence sur les prix.

Les pratiques des entreprises sont également de plus en plus surveillées, notamment concernant la durabilité et la source de leurs approvisionnements, ce qui pourrait également affecter la disponibilité et le prix des biens. Le dérèglement du climat fait évoluer les régimes météorologiques et se répercute sur les prix des denrées alimentaires. Les risques géopolitiques, toujours aussi persistants, renforcent l’incertitude.

Pendant un certain temps, les banques centrales ont maintenu des politiques accommodantes marquées par des taux bas et un assouplissement quantitatif. Puisque les tendances inflationnistes à long terme vont probablement persister, les banques centrales doivent trouver un juste milieu entre maîtrise de l’inflation et resserrement quantitatif, sans pour autant freiner la croissance.

Selon nous, ce nouveau défi explique en grande partie la volatilité récente des marchés actions et l’élargissement des spreads de crédit. Dans la mesure où la volatilité va probablement perdurer dans les mois à venir, il nous semble judicieux d’adopter une approche plus prudente en matière de gestion de portefeuille de crédit. Par conséquent, nous avons réduit le risque de taux d’intérêt et de crédit tout en conservant un portage attractif, ce qui nous permet de faire preuve de patience.

Tatjana Greil-Castro 15 février
Notes

[1] Vues et opinions de Muzinich & Co. à janvier 2022 et susceptibles d’être modifiées sans préavis.

[2] Source: Reuters, 20 janvier 2022.

[3] Source: Reuters, 31 janvier 2022

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