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Perspectives 2021 : Chine

L’économie chinoise devrait continuer à se redresser en 2021. Les gérants de fonds d’actions et de dette de Schroders ainsi que notre économiste des marchés émergents examinent ce qui nous attend.

La croissance économique chinoise devrait s’accélérer en 2021 avec la poursuite de la reprise et l’impact des mesures de relance lancées cette année.

Concernant les actions, les secteurs exposés aux thèmes de croissance à long terme en Chine devraient continuer à surperformer. Une reprise généralisée de l’économie mondiale devrait également soutenir les secteurs cycliques, où les valorisations restent faibles par rapport aux secteurs de croissance. S’agissant des obligations chinoises, la solidité des fondamentaux économiques, les valorisations attractives et les perspectives positives du renminbi devraient s’avérer favorables.

«Premier entré, premier sorti» résume le déroulement de la Covid-19 pour l’économie chinoise. Après avoir souffert en début d’année et évité une importante deuxième vague, la Chine a rebondi plus tôt et plus vite que les autres grandes économies, grâce à un plan de soutien efficace.

À l’horizon 2021, nos gérants et économistes s’accordent sur la poursuite de cette reprise de la croissance.

Mais quelle forme cette croissance prendra-t-elle? Quels secteurs offrent les opportunités les plus intéressantes? Et quelles sont les perspectives du renminbi?

Nous avons recueilli les points de vue de notre économiste des marchés émergents ainsi que des gérants de fonds d’actions et de dette.

Économie

David Rees, économiste en chef des marchés émergents: «L’économie chinoise devrait enregistrer une croissance de 15 à 20% en glissement annuel au premier trimestre de l’année prochaine. Cela s’explique par l’impact décalé dans le temps des mesures de relance ainsi que par l’effet d’une base de comparaison très faible après la forte baisse de l’économie au premier trimestre 2020. Toutefois, ces effets devraient s’atténuer au fil des mois, et la croissance devrait progressivement retrouver des taux plus normaux.

Après une croissance estimée à 2,1% en glissement annuel en 2020, nous anticipons une croissance de 9% de l’économie chinoise en 2021.

Le fait que le gouvernement ait permis à une entreprise publique de faire défaut sur une obligation en novembre laisse penser que les autorités chercheront une nouvelle fois à freiner la croissance du crédit en 2021.

Un problème qui pourrait décourager la normalisation de la politique monétaire à court terme est un épisode de déflation début 2021, une fois que la flambée des prix alimentaires en début d’année sera sortie de la base de comparaison annuelle. Nous pensons que la vigueur de la reprise économique permettra une accélération progressive de l’inflation sous-jacente au cours de l’année. Toutefois, à court terme, les craintes de déflation, à un moment où la dette est très élevée, pourraient perturber les responsables politiques et les marchés.»

Actions chinoises

Louisa Lo, responsable des actions de la Grande Chine, et Jack Lee, gérant de fonds d’actions A chinoises: «Le retour à la normale de l’économie devrait s’accompagner d’une normalisation de la politique monétaire. En particulier en ce qui concerne l’assouplissement monétaire, car les autorités chinoises continuent de privilégier la réduction du niveau d’endettement et la réduction de l’endettement excessif.

Bien que les investissements en immobilisations, notamment dans les infrastructures et l’immobilier, aient contribué à soutenir la croissance en 2020, nous pensons que les FAI vont se tourner vers de "nouvelles infrastructures" au cours de la période à venir. En particulier, le développement de la 5G, les data centers et l’Internet des objets.

Ailleurs, les habitudes des consommateurs chinois devraient continuer à évoluer parallèlement à la hausse des revenus. Ce thème à long terme d’"amélioration de la consommation" prévoit une augmentation des dépenses sur une plus grande variété de biens et de services de meilleure qualité et plus onéreux. Cela soutiendra la croissance de la consommation dans le pays.

Clairement, tous les regards à travers le monde se portent sur le développement d’un vaccin contre la Covid-19, et c’est ce qui déterminera le calendrier de la reprise mondiale et modifiera les anticipations d’inflation. Toutefois, l’arrivée d’un vaccin efficace serait plus importante pour les pays où la pandémie est moins maîtrisée qu’en Chine.

Dans cette optique, un vaccin pourrait en réalité entraîner des sorties de capitaux du marché chinois en faveur d’autres économies susceptibles d’en tirer un meilleur avantage. Cela étant, le positionnement toujours faible des investisseurs internationaux sur les actions chinoises et les valorisations raisonnables par rapport à leurs homologues mondiales pourraient encourager d’autres afflux de capitaux vers le marché.

D’un point de vue sectoriel, les secteurs exposés aux thèmes de croissance à long terme du pays devraient continuer à surperformer. Nous apprécions notamment les domaines de l’automatisation industrielle, des véhicules et composants électriques et de la localisation de la chaîne d’approvisionnement dans un contexte de frictions commerciales internationales. Toutefois, une reprise généralisée de l’économie mondiale après le développement de vaccins efficaces devrait bénéficier aux secteurs cycliques, où les valorisations sont toujours bon marché par rapport aux secteurs de croissance.

D’un point de vue géopolitique, le changement de présidence à Washington DC en janvier a également des conséquences pour la Chine. Les frictions entre les États-Unis et la Chine ne devraient guère diminuer sous l’administration Biden, car la question de la concurrence stratégique de la Chine divise aux États-Unis.

De fait, l’impact de la stratégie anti-Chine de Biden pourrait avoir encore plus de répercussions et d’effets négatifs du fait de son style administratif plus coordonné et structuré que celui de son prédécesseur.»

Obligations chinoises

Julia Ho, responsable de la gestion macro en Asie: «Les valorisations des obligations chinoises semblent attractives, et les fondamentaux économiques du pays sont solides. Ces deux facteurs devraient soutenir la demande et entraîner des rendements potentiellement attractifs en 2021.

En termes de valorisation, les rendements des obligations onshore chinoises se situent à des niveaux attractifs par rapport aux emprunts d’État des marchés développés.

L’emprunt d’État chinois à 10 ans, par exemple, affiche actuellement un rendement proche de 3,3%, tandis que le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans n’atteint que 0,8% (à fin novembre). Cette différence de rendement (le spread) entre les emprunts d’État chinois et les bons du Trésor américain ou les obligations souveraines équivalentes de pays développés atteint des niveaux record.

Le résultat est que l’obligation chinoise devrait offrir un potentiel d’appréciation des prix beaucoup plus important que son homologue américaine. En effet, les prix des obligations augmentent à mesure que les rendements baissent, or la marge de baisse des rendements obligataires américains et des autres marchés développés est moindre compte tenu de leurs points de départ plus bas.

Au fond, la Chine, qui rebondit avec succès suite à l’éclatement de la pandémie, devrait être la seule grande économie mondiale à générer une croissance économique positive en 2020. L’inflation reste faible en raison de la faiblesse de la demande mondiale. Cette dynamique favorable d’une croissance positive et d’une inflation faible offre plus de flexibilité à la banque centrale en matière de politique monétaire, ce qui lui permet de soutenir plus efficacement les petites entreprises.

D’un point de vue technique, les obligations chinoises sont également en bonne position. Contrairement à la plupart des autres marchés émergents, les obligations chinoises sont majoritairement détenues par des investisseurs domestiques. Cela rend le marché obligataire chinois moins vulnérable à la volatilité des flux de capitaux mondiaux.

Le soutien accru aux obligations chinoises vient du fait qu’elles sont de plus en plus incluses dans les indices obligataires mondiaux. Cela signifie que de nombreux fonds communs de placement sont contraints d’investir sur le marché obligataire chinois.

La monnaie chinoise - le renminbi - est un autre facteur de soutien aux obligations chinoises. Le dollar américain devrait s’affaiblir sur le long terme en raison des déficits jumeaux (compte budgétaire et balance courante) importants et des programmes illimités d’assouplissement quantitatif aux États-Unis. Le renminbi devrait ainsi être de plus en plus utilisé à l’international.

D’autres facteurs devraient également justifier un renforcement du renminbi dans la période à venir. Il s’agit notamment de la surperformance économique continue de la Chine, du différentiel de taux d’intérêt élevé entre la Chine et d’autres grandes économies, de l’amélioration de la balance courante du pays et de la demande latente des investisseurs internationaux souhaitant se diversifier au détriment du dollar américain.

Enfin, les obligations chinoises onshore devraient rester une classe d’actifs unique permettant aux investisseurs de diversifier leurs portefeuilles. La transition économique chinoise vers un marché davantage axé sur la consommation domestique a été accélérée par les tensions commerciales avec les États-Unis et par l’essor de la classe moyenne chinoise. Cette focalisation sur le marché intérieur et ce "découplage" avec les États-Unis suggèrent que les cycles de politique économique et monétaire de la Chine pourraient ne pas être parfaitement synchronisés avec d’autres régions du monde.»

Next Finance 26 janvier
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