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Les élections ne sont pas un bon tremplin pour investir

Selon Stefan Kreuzkamp, directeur des investissements du groupe DWS, les investisseurs sont naturellement inquiets des implications pour leurs portefeuilles d’un changement de cap majeur tel que celui produit par les élections américaines. Il déconseille toutefois de baser les investissements à long terme sur une élection et sur ce qui se passe immédiatement après...

Joe Biden prêtera serment en tant que 46e président des États-Unis le 20 janvier 2021. Cette phrase peut être prononcée sans réserve. Sauf évolution improbable, l’avance de Biden ne peut être rattrapée. Les chefs d’État et de gouvernement étrangers le félicitent déjà, tout comme certains représentants du parti républicain, dont l’ancien président George W. Bush. Les chances de renverser la situation sur le plan juridique semblent ténues. L’équipe de Trump aura du mal à réunir les fonds suffisants pour couvrir les nombreux et coûteux recours juridiques, d’autant plus que nombre d’entre eux semblent peu fondés.

Si l’issue de l’élection présidentielle est actée, le résultat des élections au Sénat reste incertain. Nous attendons toujours une majorité républicaine, mais des élections partielles pour les deux sénateurs de Géorgie (au maximum le 5 janvier) pourraient changer la donne. Les investisseurs sont naturellement inquiets des implications pour leurs portefeuilles d’un changement de cap majeur tel que celui produit par les élections américaines. Nous déconseillons toutefois de baser les investissements à long terme sur une élection et sur ce qui se passe immédiatement après, pour les trois raisons suivantes. Premièrement, l’incertitude quant à la politique future; deuxièmement, l’incertitude quant à l’impact de la politique sur les perspectives économiques et commerciales; et troisièmement, l’incertitude concernant les prix déjà fixés par les marchés.

La première incertitude concerne les éléments qui restent flous après la victoire de Biden. À quoi ressemblera son cabinet? Quelle considération accordera-t-il aux différentes factions du Parti démocrate? Quelles sont ses priorités et sa marge de manœuvre pour mettre en œuvre ses plans? Qui remportera la majorité au Sénat? Une "vague bleue", c’est-à-dire le contrôle par le Parti démocrate de la présidence et du Congrès, est-elle encore possible? Les points d’interrogation sont nombreux. Bien que M.Biden ait déjà mentionné ces quatre questions centrales (Covid-19, relance économique, changement climatique et égalité raciale), il reste à voir quelles seront les conséquences économiques.

Le deuxième point d’incertitude que nous avons mentionné est la mesure dans laquelle les priorités politiques influencent réellement les chiffres économiques principaux. Pour ne citer que deux exemples: en ce qui concerne la macroéconomie, un programme de relance massif va-t-il avoir un impact positif sur le dollar à mesure que les perspectives de croissance s’améliorent? Ou aura-t-il un effet négatif, étant donné qu’une relance massive implique une augmentation de la dette publique? Et au niveau microéconomique, dans quelle mesure les perspectives de revenus des différents secteurs seront-elles affectées par les choix politiques? La précédente élection présidentielle illustre notre point de vue. Les secteurs favorisés par Trump en 2016 – l’acier, le pétrole, le charbon, l’hôtellerie et l’immobilier – ont en fait enregistré des résultats largement inférieurs aux résultats économiques globaux. En fin de compte, les conditions politiques ne sont qu’un facteur parmi d’autres qui influencent les perspectives économiques d’un secteur à un niveau moindre qu’on pourrait le penser.

Ce qui nous amène à notre troisième point: la politique, qui n’est qu’un des nombreux facteurs déterminant les perspectives de bénéfices, a encore moins d’influence sur les valeurs boursières. Le soutien apporté par Trump à l’industrie pétrolière, par exemple, ne l’a guère aidée à faire face au passage à une énergie plus verte et à la surcapacité mondiale. Cette situation est exacerbée par les incertitudes du marché liées à l’élection. Dans quelle mesure le marché boursier avait-il déjà fixé le prix de la victoire de Biden et d’un gouvernement divisé? La volatilité des échanges autour de l’élection laisse une grande marge d’interprétation. Jusqu’à récemment, le résultat d’une élection étroitement contestée était considéré par beaucoup comme le pire scénario pour le marché boursier. Mais en un rien de temps, il s’est transformé en un scénario idéal: un président démocrate modéré qui sera contesté par un Sénat républicain s’il augmente trop la dette ou s’il annule les réductions d’impôts de Trump.

Tout cela illustre notre recommandation selon laquelle les décisions d’investissement à long terme ne devraient pas être basées uniquement sur des considérations politiques - en particulier si les perspectives politiques ne sont pas encore claires.

Le gouvernement a peu d’influence sur les principaux facteurs déterminant le marché, tels que l’évolution à court terme de la pandémie. Le bond des marchés boursiers en réponse à la nouvelle concernant un vaccin lundi l’a montré. La politique de la banque centrale, quant à elle, exerce une influence majeure à court et à long terme. Les banques centrales américaines ne sont pas les seules à essayer de soutenir les marchés par des taux d’intérêt bas et, si nécessaire, par d’autres moyens. Mais les solutions des banques centrales ne seront pas aussi efficaces si des progrès sont réalisés dans le domaine des vaccins et de la pandémie.

Nous restons donc modérément positifs sur les marchés boursiers pour les douze prochains mois. Nous nous attendons à ce que le contexte de taux d’intérêt bas se poursuive et nous ne voyons pas d’affaiblissement durable du dollar par rapport à l’euro.

Stefan Kreuzkamp 12 novembre
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