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Les banques centrales ne sont pas infaillibles

La montée en flèche de l’inflation oblige les investisseurs à anticiper des hausses de taux. Les événements en Australie sont éloquents quant au raisonnement des dirigeants concernés. L’analyse de Johannes Müller, responsable de la recherche macroéconomique, DWS...

Dans le jargon militaire américain, une stratégie de repli exécutée avec succès vise à minimiser les pertes de «sang et de trésor». L’équivalent monétaire pourrait être la réduction progressive des mesures non conventionnelles tout en limitant la volatilité du marché et en maintenant la crédibilité de la banque centrale. Si tel est le cas, les événements de ces dernières semaines devraient faire réfléchir les responsables politiques et les investisseurs.

La flambée de l’inflation pousse les investisseurs à envisager une augmentation des taux d’intérêt. Comme le montre notre «graphique de la semaine», les rendements des obligations d’Etat à deux ans se sont récemment envolés dans de nombreux pays industrialisés. Plus spectaculaire encore, les marchés ont forcé la Reserve Bank of Australia (RBA) à mettre fin à sa politique de contrôle de la courbe des taux. Les détails de cet épisode sont révélateurs.

Apparemment, des analystes extérieurs ont averti la RBA à de nombreuses reprises qu’elle pourrait être obligée de supprimer son plafond sur les rendements obligataires à trois ans lorsque les marchés commenceraient à douter de ses prévisions.[1] Cette configuration était quelque peu similaire à celle des diverses mesures d’ancrage monétaire abandonnées ces dernières années. Le marché obligataire australien est principalement alimenté par son vaste marché très liquide de contrats à terme. En cas de crise, ces instruments dérivés peuvent agir comme des catalyseurs, tout comme ils l’ont fait dans le cas des ancrages monétaires.

Choisir délibérément le mauvais champ de bataille sans stratégie de repli claire est le type d’erreur que l’on retrouve dans l’histoire militaire. Pourquoi et comment de telles choses se produisent-elles? Dans son étude classique de 200 ans de bavures militaires, Norman Dixon en décrit de nombreux exemples impliquants «des individus très compétents, intelligents et consciencieux lorsqu’ils commencent à agir en groupe».[2] Les hypothèses erronées ne sont pas remises en question et les nouvelles informations sont rationalisées.

Alors, que signifie tout cela pour les autres banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine (Fed)? Contrairement au plafonnement des rendements obligataires, les achats d’actifs peuvent être réduits plus facilement à mesure que la situation économique s’améliore. Néanmoins, la décision de la RBA pourrait servir de rappel quant au fait que les banques centrales ne sont pas non plus infaillibles. Les investisseurs non plus, d’ailleurs.

Johannes Müller 22 novembre
Notes

[1] Rodrigues, S. dans le Financial Times, 10 nov. 2021, "Australia’s move to end yield curve control exposes the policy’s flaws"; https://www.ft.com/content/0d5ebce8...

[2] Dixon, N. (1976, éd. 2016) On the Psychology of Military Incompetence, Basic Books, p. 443.

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