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Les Etats-Unis sont-ils encore un pays considéré « sans risque » ?

Si le tumulte des élections américaines de 2020 accroît les incertitudes à court terme pour les investisseurs obligataires, les promesses des deux candidats laissent à penser que les émissions de bons du Trésor augmenteront à long terme.

Même dans un monde aux prises avec une pandémie et avec des saisons jouant désormais en notre défaveur, la lutte pour la Maison Blanche est un évènement majeur pour les investisseurs. Dès lors, il n’est pas surprenant que l’élection présidentielle américaine du 3 novembre constitue très probablement l’évènement le plus important de la fin de l’année 2020 pour les obligations, les devises et les marchés.

Pays durement frappé par le Covid-19, les États-Unis semblent être divisés. Les inégalités de richesse d’un État à l’autre sont criantes, et la démographie est fortement contrastée aux quatre coins du pays. Par rapport à ce qu’on observait au cours des élections passées, les deux candidats sont aussi aux antipodes l’un de l’autre. En tant qu’investisseurs, nous pensons que les quelques mois à venir seront très intéressants, quoique marqués par de la volatilité.

Bien entendu, il existe quelques points communs. Donald Trump, le président républicain en place, et Joe Biden, le candidat démocrate et favori (selon les sondages) pour devenir le 46ème président des États-Unis, sont tous deux capitalistes. Ils sont aussi septuagénaires. La santé respective des deux candidats est également un sujet de préoccupation. Par exemple, la récente contamination de Donald Trump au coronavirus et son prompt rétablissement posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Si, d’autre part, Joe Biden remporte les élections, il aura 78 ans lorsqu’il prêtera serment (le 20 janvier 2021) et deviendra le président le plus âgé de l’histoire du pays.

Les risques de contestation du résultat

L’un des scénarios possibles est que Donald Trump conteste l’issue des élections. En cas de résultat très serré, Donald Trump refusera-t-il de quitter la Maison-Blanche? «Nous verrons ce qui se passera», a récemment déclaré le président lors d’une conférence de presse. Le recours au vote par correspondance s’est aussi répandu dans les États afin d’encourager la distanciation sociale, et Donald Trump et ses partisans s’en sont également inquiétés, car cette modalité de vote joue traditionnellement en faveur des Démocrates.

Toutefois, le fait que les devises et les marchés obligataires reposent essentiellement sur la confiance placée dans le gouvernement et dans le processus démocratique pourrait rendre la situation délicate. En conséquence, le prix des actifs pourrait aussi fluctuer fortement, car une aversion pour le dollar et les emprunts d’État américains pourrait également se répercuter sur les marchés américains du crédit.

En 2020, notre exposition aux actifs «sans risque» a été relativement élevée, via des emprunts d’État et des liquidités, dont nous pouvions nous servir si la valorisation des actifs devait se dégrader, ce qui nous a donné des opportunités d’investissement au cours de l’année. Cependant, nous préférons maintenir notre exposition sans risque au travers des bunds allemands essentiellement. Dans ce contexte, nous pensons que la pandémie a favorisé la coordination de la relance monétaire en Europe; ironiquement, elle a aussi accentué les désaccords entre les États et l’administration fédérale aux États-Unis.

Les deux candidats se sont engagés à augmenter considérablement les dépenses, bien que la question du financement et de l’attribution de ces dernières les divise. Donald Trump renouvellera probablement la promesse qu’il avait faite lors de la campagne électorale de 2016 et maintiendra les réductions d’impôts pour les entreprises et les particuliers. Cela reviendrait à augmenter les volumes d’émission de dette pour financer ces réductions d’impôts.

D’autre part, Joe Biden pourrait reprendre des projets de Donald Trump qui n’ont pas eu le succès escompté, notamment des projets de dépenses d’infrastructure importantes, en mettant l’accent cette fois-ci sur des projets d’énergie verte. Joe Biden a aussi déclaré qu’il réintroduirait le système Obamacare dans son intégralité. Jusqu’à présent, Donald Trump n’a pas réussi à déconstruire entièrement l’initiative de son prédécesseur pour instaurer un système de santé couvrant plus largement la population. En outre, il est probable que Joe Biden augmente les impôts pour financer les plans de dépenses de son parti, tout en se tournant aussi vers les marchés obligataires pour trouver des financements, comme le ferait Donald Trump.

Trouver des opportunités dans le tumulte des élections

Quel que soit le vainqueur de la course à la Maison-Blanche et le survivant de cette campagne électorale très médiatisée et souvent tumultueuse (le premier débat télévisé, la contamination de Donald Trump au coronavirus, etc.), les marchés réagiront probablement avec émotion comme à leur habitude, et c’est à ce moment-là, selon nous, que les choses deviendront réellement intéressantes.

Richard Woolnough 3 novembre
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