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La récession annoncée suffira-t-elle à juguler l'inflation ?

La récession annoncée sera plus tardive aux Etats-Unis qu’en Europe, frappée par une crise énergétique majeure. Si la contraction de l’activité aura une incidence sur les prix des biens et services, le risque d’une inflation de second tour reste au cœur des préoccupations des banques centrales.

La crise sanitaire a généré des dérèglements majeurs dans les chaînes d’approvisionnement, aboutissant à un regain inflationniste au sortir des confinements. Cette tension s’est notamment manifestée par l’explosion des taux de fret (de 2.500 dollars à une fourchette comprise entre 12.000 et 15.000 dollars). Toutefois, ces perturbations s’estompent peu à peu. En revanche, la guerre en Ukraine a provoqué un effondrement de l’approvisionnement du gaz russe en Europe, plongeant l’Union européenne dans une crise énergétique de grande ampleur. Certes, les pays européens préparent l’hiver 2022-2023 en stockant massivement du gaz naturel (84% des capacités de stockage sont déjà utilisés en moyenne en Europe). Pour autant, ces mêmes capacités de stockage ne dépassent pas 30% des besoins énergétiques consommés pendant l’hiver. Par conséquent, l’Europe se prépare activement à conjurer cette pénurie, en prévoyant notamment une réduction de la consommation de 15% de gaz d’ici mars. L’Allemagne envisage de repousser la fermeture de ces derniers sites nucléaires en activité et de redémarrer des centrales à charbon. Quant à EDF, 28 de ses 56 réacteurs nucléaires français ont à l’arrêt mais la remise en route de la moitié d’entre eux doit intervenir d’ici février 2023.

L’envolée des prix de l’électricité pose un défi économique majeur à l’économie européenne. L’accord de principe sur un plafonnement des prix de l’électricité autour de 200 €/MWh est attendu, un niveau qui reste toutefois historiquement élevé. «Cette inflation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires entraîne une perte de pouvoir d’achat majeur pour les ménages, faisant ainsi plonger leur moral. De même, cette situation inflationniste impacte les marges des entreprises qui revoient en baisse leurs perspectives d’investissement. Nous sommes devant une récession qui devrait toucher l’Europe assez fortement, dès le quatrième trimestre 2022, et moins durement les Etats-Unis, à partir du premier trimestre 2023» estime Jeanne Asseraf-Bitton, Responsable Recherche & Stratégie chez BFT IM qui estime que le pic d’inflation est sans doute derrière nous aux Etats-Unis alors que la détente observée en août sur l’inflation à 8,3% résulte en partie des prix de l’énergie.

«Aux Etats-Unis, la décélération des prix sera lente car la hausse du coût du logement, composante essentielle de l’inflation cœur, ne marque pas d’inflexion rapide notable, notamment en raison de la faiblesse de l’offre. D’un autre côté, nous constatons outre-Atlantique un début de rééquilibrage du marché du travail et une modération de l’inflation salariale mais qui s’effectue de manière très lente. Nous pensons ainsi que l’inflation sous-jacente va rester relativement élevée. La Fed aura besoin de plus de temps que prévu pour retrouver un niveau d’inflation conforme à son objectif de 2%» assure Jeanne Asseraf-Bitton.

Négociations salariales en zone euro: la BCE attentive aux effets de second tour

En zone euro, la crise énergétique se répercute à l’ensemble de l‘économie (bien manufacturés et services). «Le choc énergétique se diffuse par une augmentation rapide des prix en Europe et devrait s’installer dans la durée. A cinq ans, les anticipations d’inflation conduisent les marchés à anticiper une hausse des prix autour de 2-2,4%. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les entreprises anticipent clairement une hausse significative des prix des coûts de production. Toutefois, si le secteur manufacturier démontre sa capacité à répercuter ces hausses de prix, ce n’est pas le cas des entreprises de services, encore en période de rattrapage» constate Romain Aumond, économiste chez BFT IM.

De leur côté, les ménages européens ont commencé à anticiper ces hausses de prix et ce mouvement s’accélère depuis février 2022. 70% des composantes du panier des biens et services ont aujourd’hui une variation annuelle des prix supérieure à 2% (43% des composantes augmentent de plus de 6%!). Les ménages entendent parler de l’inflation et vont légitimement accentuer leurs revendications salariales, constituant alors un support favorable à la hausse de l’inflation sous-jacente. Or, ce processus n’a pas encore été enclenché en zone euro.

«En conclusion, la récession va entraîner un allègement de la contrainte sur les prix des matières premières ainsi que sur les derniers goulets d’étranglement subsistants. En attendant le reflux de l’inflation sous-jacente, la Fed reste toutefois dans une posture résolue afin de freiner une économie en surchauffe. De son côté, la BCE, qui a adopté une posture similaire, n’est pas en mesure de contrer seule le choc énergétique actuel mais elle peut toutefois éviter la diffusion des effets de second tour dans l’économie européenne» estime Romain Aumond.

Next Finance 27 septembre
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