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L'emploi américain va-t-il créer la surprise et agiter les marchés cette semaine ?

Tous les yeux étaient rivés sur Jackson Hole en cette fin août avec l’intention d’y trouver un peu plus de précisions sur le calendrier de début de ralentissement des achats d’actifs ainsi que les modalités mais force est de constater que le président de la Réserve Fédérale est resté prudent indiquant, au conditionnel, qu’un tapering pourrait intervenir cette année si l’emploi continuait de s’améliorer.

La réaction des marchés post discours de Jerome Powell ne laisse pas de place au doute: le repli sensible des taux et du dollar et le nouveau record historique du SP500 dans la foulée ont clairement montré qu’ils s’attendaient à une intervention un peu plus «hawkish» du président de la Fed et qu’ils ont été agréablement surpris par la version finale.

Doit-t-on parler d’une erreur de communication ou de complaisance de la part Jerome Powell dans la situation de reprise économique actuelle des Etats-Unis? C’est possible.

Plusieurs membres de la Fed s’étaient fait entendre les jours précédant Jackson Hole, se positionnant en faveur d’une annonce puis d’un début de tapering relativement rapides (septembre/octobre). C’est le cas notamment de Robert Kaplan, James Bullard, Esther George ou encore Loretta Mester.

Cette tonalité toujours très accommodante du président de la Fed est d’autant plus surprenante que les marchés actions américains évoluent sur les niveaux records, laissant donc de la place pour consolider et «digérer» des précisions sur un tapering. Tonalité surprenante aussi parce-que les conditions financières sont toujours extrêmement favorables. Le taux 10 ans indexé sur l’inflation (TIPS) est tombé à un plus bas record de -1.22% et c’est cette faiblesse des taux réels qui continue d’alimenter l’effet «TINA» (There Is No Alternative) poussant les investisseurs à chercher du rendement et de la performance sur les marchés actions et notamment sur les valeurs de croissance.

En «empêchant» les segments les plus tendus de la cote américaine de consolider grâce à une rhétorique toujours très souple, Jerome Powell prend le risque d’alimenter une instabilité financière ensuite. Certains membres de la Fed brandissent le fait que le «taper tantrum» a été évité cette fois-ci grâce à une communication adaptée de la Fed…mais les marchés peuvent très bien repousser au maximum l’échéance d’une consolidation et déclencher les prises de gains sur un bon chiffre de l’emploi ou une donnée d’inflation (les deux objectifs de la Fed) ou lorsque la Fed donnera enfin plus de précision sur le tapering.

Et cette semaine est donc très importante en raison du rapport sur l’emploi vendredi, avec une attention préliminaire qui sera portée au chiffre ADP dès mercredi. Le rapport sur l’emploi de juillet était bon, un nouveau rapport de la même nature pour août, dans un contexte de progression du variant Delta pourrait commencer à faire réagir les marchés car il renforcerait le sentiment que la tonalité de Jerome Powell était complaisante et que l’annonce d’un tapering est plus proche qu’il ne pouvait le laisser penser…

L’inflation PCE aux Etats-Unis a connu en juillet sa plus forte progression depuis…1990! Christopher Waller de la Fed considère, comme Loretta Mester ou Patrick Harker, que si l’inflation ne devrait pas empirer, elle pourrait toutefois s’avérer plus persistante que ce qui était initialement anticipé. D’autres estiment que la politique monétaire de la Fed est surtout utile pour stimuler la demande mais qu’elle est beaucoup moins efficace concernant les problèmes d’offre, ce qui est le cas actuellement avec les problèmes logistiques mondiaux.

Les chiffres de l’emploi américains cette semaine devraient donc permettre aux marchés de placer plus précisément le curseur et le timing du tapering.

Alexandre Baradez 1er septembre
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