IMG
Facteurs ESG : la voie vers des marchés émergents plus forts

Le développement économique se trouve à un carrefour pour les marchés émergents et l’avenir se devra d’être placé sous le signe des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Les pays émergents sont devenus les moteurs les plus dynamiques de la croissance mondiale au cours des dernières décennies et ont ainsi donné naissance à un nombre impressionnant de nouvelles entreprises, innovations technologiques et tendances de consommation.

Ils abritent environ 30% des entreprises incluses dans le classement Fortune Global 500 de 2018, soit quatre fois plus qu’en 2005 selon une étude de l’Université Cornell[1]. Le Fonds monétaire international estime que le produit intérieur brut (PIB) des économies émergentes représente désormais 60% du PIB mondial si l’on compare les régions en fonction de la parité du pouvoir d’achat. Il s’agit là d’une augmentation de 24 points de pourcentage au cours des 30 dernières années.[2] Et malgré le ralentissement de sa croissance dû aux tensions commerciales accrues, la Chine devrait détrôner les États-Unis en tant que première puissance économique mondiale au cours de la prochaine décennie. En outre, selon les prévisions de Standard Chartered, six autres pays émergents devraient se hisser parmi les dix premières économies du monde.[3]

«Les décisions prises dans les pays émergents auront d’énormes conséquences, non seulement pour eux, mais également pour la planète toute entière», a déclaré Steve Waygood, Directeur de l’investissement responsable d’Aviva Investors.

L’ascension des marchés émergents

Le développement économique rapide s’accompagne d’une série de problématiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) qui sont de plus en plus urgentes dans les pays émergents. Prenons l’urbanisation. D’ici à 2050, les Nations Unies prévoient qu’environ 2,5 milliards de personnes auront quitté les zones rurales pour les centres urbains, dont près de 90% seront concentrées dans les pays émergents. Les marchés émergents d’Asie figurent déjà en tête du classement mondial avec sept des dix premières mégalopoles de la planète, à savoir celles qui comptent plus de dix millions d’habitants: Shanghai, Jakarta, Séoul, Pékin, Guangzhou, Karachi et Delhi. Ce n’est sans doute pas un hasard si la région compte aussi certaines des villes les plus polluées au monde, comme notamment New Delhi (Inde), Dhaka (Bangladesh), Lahore (Pakistan) et Kashgar (Chine).[4]

Le surpeuplement a entraîné toute une série de problèmes sociaux et de gouvernance. En Chine, par exemple, de nombreux migrants qui ont quitté la campagne se retrouvent piégés dans des bidonvilles. L’agitation sociale monte. Et les migrants ruraux sont souvent privés de services sociaux dans les grandes villes chinoises, favorisant ainsi les inégalités entre les habitants.

Dans le même temps, l’urbanisation a permis à la Chine et à d’autres pays émergents de prospérer. Leurs travailleurs ont davantage de possibilités d’occuper des emplois plus productifs et, ce faisant, de sortir de la pauvreté. Pour les gouvernements, l’urbanisation facilite la fourniture de services tels que les infrastructures, l’éducation et les soins de santé. Les économies d’échelle contribuent également à améliorer l’efficacité des entreprises car les réseaux d’employés facilitent le partage des connaissances, la coopération sur des projets et stimulent la concurrence, selon John West, économiste et auteur de Asian Century... on a Knife-edge: A 360 Degree Analysis of Asia’s Recent Economic Development.

«Les marchés émergents, en particulier ceux d’Asie, ont évolué favorablement durant plusieurs décennies, mais ils se trouvent désormais à un point critique du développement économique», indique John West, Directeur exécutif de l’Asian Century Institute, une organisation qui réalise des travaux de recherche et des analyses sur l’Asie. «Afin de conserver leur attractivité aux yeux des investisseurs étrangers, les choses doivent changer.»

C’est peut-être sur les marchés financiers que les fruits de la croissance des pays émergents sont les plus patents. Entre son lancement le 1er janvier 2001 et le 31 mai 2019, le MSCI Emerging Markets, l’indice représentatif des marchés actions émergents, a enregistré une performance annualisée de 8,68% en USD. En comparaison, l’indice MSCI World, qui représente les économies développées, a généré une performance de 4,84% et l’indice MSCI ACWI, qui combine les marchés développés et émergents, une performance de 4,94% sur la même période. Si l’on compare les ratios de Sharpe, une mesure des performances ajustées du risque, l’indice MSCI EM (0,42) a nettement surperformé les indices MSCI ACWI et MSCI World dont le ratio de Sharpe s’est établi à 0,28 durant la même période.

Toutefois, en dépit de performances potentielles plus élevées, il existe des risques. Les marchés émergents ont surperformé les marchés développés au cours de la période de trois ans clôturée le 31 mai, toujours en USD, mais ils ont sous-performé sur cinq et dix ans. Ils ont également présenté une plus grande volatilité, mesurée par les écarts-types des performances, que les marchés développés. L’écart-type annualisé de l’indice MSCI EM s’est établi à 15,58% et 17,42% sur cinq et dix ans, contre respectivement 13,37% et 11,49% pour l’indice MSCI ACWI et 13,18 %et 11,40% pour l’indice MSCI World.

La durabilité analysée

Autant les investisseurs se doivent de comprendre les marchés, autant ils ont besoin de se comprendre eux-mêmes. De manière à atteindre leurs objectifs d’investissement, il leur est essentiel d’établir un équilibre entre la performance et d’autres facteurs tels que la tolérance au risque. Pour éviter les pièges à court terme, une gestion active des risques associée à un horizon à plus long terme peut permettre aux investisseurs d’accéder plus efficacement à la croissance des pays émergents. En effet, nombre d’entre eux délaissent une approche tactique en faveur d’une approche plus stratégique lorsqu’ils investissent sur les marchés émergents. Et ce faisant, ils alignent davantage leurs processus d’investissement sur les enjeux ESG qui ont tendance à être à plus long terme.

«L’essor de l’intégration des critères ESG dans le processus d’investissement contribue à modifier le comportement des entreprises dans les pays émergents et, par conséquent, à influer sur les valorisations des actifs», explique Rick Stathers, analyste ESG senior chez Aviva Investors. «Il s’agit de favoriser des changements positifs, tout en générant de l’alpha».

L’intégration des facteurs ESG peut également avoir un impact potentiellement plus important sur les performances ajustées du risque sur les marchés émergents que sur les marchés développés, comme le montrent les graphiques 1 et 2. Pour les marchés émergents, l’indice MSCI EM ESG Leaders a progressé de 9,12% au cours de la période de dix ans clôturée le 31 mai, contre une hausse de 5,38% pour l’indice MSCI EM plus large. Sur la même période, les indices MSCI World et MSCI World ESG Leaders ont enregistré une performance similaire d’environ +10,5%.

Derrière les chiffres

Les risques ESG peuvent contribuer à la plus grande dispersion existant entre les pays, les secteurs et les entreprises de l’univers des marchés émergents et représentent donc une source potentielle d’alpha, selon Alistair Way, Responsable de la gestion actions émergentes au sein d’Aviva Investors. Premièrement, les pratiques ESG dans les pays émergents sont souvent en retard par rapport aux pays développés et le rythme des améliorations est extrêmement variable. Deuxièmement, une plus grande variété de contraintes et d’influences régionales contribue également aux différents stades de développement.

En outre, les États jouent généralement un rôle plus important dans les entreprises des marchés émergents et les entreprises publiques font l’objet d’ingérences importantes dans leurs activités, ajoute M.Way. Le contrôle du gouvernement peut bénéficier aux investisseurs si l’entreprise est perçue comme ayant des avantages concurrentiels tels que des conditions de financement plus favorables, l’attribution de contrats ou un accès aux clients. Toutefois, leurs objectifs et incitations peuvent être moins alignés sur les intérêts des actionnaires minoritaires, les décisions en matière d’allocation de capital étant dominées par des motivations politiques plutôt que financières.

Des entreprises comme le géant brésilien de l’énergie Petrobras, dont l’État détient directement et indirectement 64% des actions avec droit de vote et qui a été impliqué dans un notable scandale de corruption, représentent souvent une proportion plus faible des indices ESG en raison de scores ESG moins élevés - notamment en matière de gouvernance - que les entreprises entièrement publiques.[5] En outre, les entreprises publiques ont tendance à opérer dans des secteurs qui sont généralement moins représentés dans les indices ESG tels que l’énergie et les matériaux - le pétrole et le gaz dans le cas de Petrobras.

Dans une étude publiée par Cambridge Associates comparant les sociétés des indices MSCI EM et MSCI EM ESG entre juillet 2013 et juin 2016, le cabinet-conseil a conclu que l’indice MSCI EM ESG sous-pondérait fortement les entreprises publiques en raison de scores ESG inférieurs. Sur les 40 plus grandes sociétés de l’indice MSCI EM plus large, 13 sont des entreprises publiques. L’indice EM ESG Leaders n’était pas exposé à 11 des 13 entreprises publiques et la non détention de ces dernières a contribué positivement à sa surperformance.[6]

«Les inquiétudes liées aux entreprises publiques semblent exister depuis si longtemps que l’on se demande comment le marché n’en tient pas plus compte, mais le processus de notation ESG a clairement été efficace pour identifier les entreprises laissant à désirer en la matière».

Des préoccupations similaires existent à l’égard des entreprises familiales ou de celles ayant un flottant qui représente une proportion relativement faible de leur capitalisation. Elles ont tendance à être moins incitées à adopter les meilleures pratiques dans des domaines tels que l’indépendance du conseil d’administration. Elles sont donc plus susceptibles d’avoir des scores ESG plus faibles et sont moins représentées dans les indices ESG relatifs aux marchés émergents.

Dans l’environnement de marché actuel, les événements risqués propres aux sociétés, comme un problème de gouvernance d’entreprise, peuvent être sévèrement sanctionnés par les marchés. C’est pourquoi les facteurs ESG deviennent encore plus importants lors de l’évaluation des risques, explique M.Way. En surveillant de près les entreprises et en dialoguant avec elle sur un large éventail d’indicateurs ESG, les investisseurs peuvent prendre des décisions plus éclairées.

«Afin de générer des performances financières solides et durables à moyen terme pour nos clients, nous devons comprendre quels sont les principaux déterminants propres à chaque entreprise et secteur d’activité», explique M.Way. «Pour ce faire, les critères ESG sont une composante importante».

PIB et PIB par habitant

John West, de l’Asian Century Institute, pense que les pays émergents parviennent à un point critique; ils sont désormais confrontés à différents obstacles qu’ils devront surmonter afin de devenir des économies à plus forte valeur ajoutée. Les solutions vont notamment passer par des améliorations ESG.

Le ralentissement de la croissance coïncide avec l’augmentation des niveaux d’endettement dans les pays émergents, y compris en Chine. Le PIB global continue certes de croître, mais le PIB par habitant reste très inférieur à celui de pays développés tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et l’Allemagne, comme l’illustre le graphique 3.

«En l’absence de nouvelles réformes majeures, les pays émergents pourraient rester longtemps en retard par rapport aux marchés développés en matière de PIB par habitant», explique M.West. «C’est important parce que le PIB par habitant est la quantité de biens et de services qu’un pays produit pour chaque personne. Il s’agit là d’une indication de l’amélioration de la productivité qui transparaît dans la croissance de la consommation. En effet, les pays dont le PIB par habitant est plus élevé ont également une consommation plus élevée et un niveau de vie plus élevé».

Pour atteindre ce prochain niveau, les pays émergents vont devoir relever plusieurs défis majeurs:

  • Retirer davantage de valeur des chaînes de valeur mondiales, ce qui peut se faire en améliorant le capital humain, la technologie et la capacité d’innovation.
  • Le potentiel de l’urbanisation peut être accru; par exemple, en s’attaquant à certains des problèmes environnementaux qui y sont liés tels que la pollution de l’air, de l’eau et du sol.
  • Un développement économique global doit inclure les droits du travail, l’égalité des sexes et des mesures anti-discrimination.
  • Les défis démographiques vont nécessiter des programmes sociaux, notamment en matière d’éducation pour une population de jeunes en plein essor dans des pays comme l’Inde, l’Indonésie et les Philippines.
  • La criminalité économique telles que la surveillance illégale, la contrefaçon et le piratage menacent les perspectives à long terme des marchés émergents et exige des solutions de gouvernance aux niveaux des entreprises, des secteurs, national et international.
  • Les risques géopolitiques croissants compromettent des solutions mondiales qui ont un impact sur les marchés émergents, y compris le changement climatique.
  • La stabilité politique au sein des pays émergents est également importante pour la croissance à long terme et des structures politiques plus démocratiques sont nécessaires.

«Au fur et à mesure que les économies évoluent, elles doivent devenir plus innovantes plutôt que de simplement reproduire ce que d’autres ont fait», indique M.West. «Pour ce faire, les citoyens ont besoin de la liberté d’être différents, de faire des erreurs et de trouver de nouvelles idées. C’est moins possible dans les systèmes politiques autoritaires qui caractérisent de nombreux pays émergents».

Évolution, non révolution

Une gestion active peut aider les investisseurs à tirer profit de l’amélioration des pratiques ESG. Plusieurs tendances les aident à le faire sur les marchés émergents.

La surveillance plus étroite intervenue à la suite de scandales majeurs a débouché sur des réformes de la gouvernance.

Tout d’abord, la surveillance plus étroite intervenue à la suite de scandales majeurs, tels que ceux ayant impliqué Petrobras au Brésil, 1 Malaysia Development Berhad (1MDB) et le Groupe Samsung en Corée du Sud, a été à l’origine de nouvelles réformes qui renforcent les arguments en faveur d’améliorations ESG.

Par exemple, en Malaisie, Mahathir Mohamad est revenu au pouvoir grâce à un ambitieux programme de réforme des entreprises afin d’éviter que le scandale 1MDB ne se reproduise. Son administration a notamment instauré des règles de transparence dans les procédures de passation des marchés publics, des dispositions anti-corruption dans les services publics et des obligations plus strictes visant à rendre les institutions plus indépendantes et comptables de leurs actes.

«Toutefois, les réformes en elles-mêmes ne suffisent pas. Elles doivent être liées aux rôles du gouvernement, de l’industrie locale et de chaque entreprise», explique Stanley Kwong, analyste ESG chez Aviva Investors.

Deuxièmement, l’influence grandissante des actionnaires internationaux est un vecteur important de la promotion des critères ESG au sein des entreprises des pays émergents. Celles qui souhaitent accéder aux marchés de capitaux internationaux sont de plus en plus scrutées à la loupe au regard de leurs normes ESG et de nombreux investisseurs mondiaux accordent une place plus importante à l’activisme et au vote.

Comme le relève M.Kwong: «De nombreuses entreprises malaisiennes commencent à prendre conscience de la corrélation entre les facteurs ESG et leur valeur globale. C’est là où l’engagement peut véritablement les aider. Quand elles essaient de prendre pied à l’international, les entreprises constatent que les critères ESG peuvent leur conférer un avantage concurrentiel».

La grande attention portée aux chaînes d’approvisionnement des entreprises par les consommateurs et les médias à l’échelle mondiale est un autre facteur important. Les entreprises se doivent de veiller à ce que leurs normes en matière d’environnement et de travail soient uniformément élevées afin de pouvoir tirer parti des chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier dans des secteurs comme l’électronique et le textile, mais aussi l’agriculture.

Par exemple, le Brésil est le premier exportateur mondial de produits agricoles tels que le sucre, le bœuf, le maïs et le soja. La majeure partie est destinée à l’Europe et aux États-Unis où des normes plus strictes sont de plus en plus appliquées tout au long de la chaîne d’approvisionnement, explique Sora Utzinger, analyste ESG chez Aviva Investors. En 2017, l’Assemblée nationale française a adopté la loi sur le devoir de vigilance des entreprises. Elle impose aux multinationales de procéder à des évaluations obligatoires des risques tout au long de leur chaîne d’approvisionnement afin d’identifier et de prévenir les activités ayant un impact négatif sur les droits de l’homme et l’environnement.[7]

Au Brésil, certains changements réglementaires apportés par l’administration du Président Jair Bolsonaro récemment élu visant à assouplir les restrictions sur la déforestation de la forêt tropicale pour l’agro-industrie pourraient avoir des répercussions dans le monde entier. L’Amazonie génère environ 20% du total de l’oxygène mondial et absorbe jusqu’à un dixième de l’ensemble des émissions de combustibles fossiles. Si entre 20 et 25% de l’Amazonie est détruit, un point de non-retour pourrait être atteint et les dégâts pourraient être irréversibles dans l’est, le sud et le centre de l’Amazonie.[8] Environ 16% ou 17% de l’Amazonie a déjà été détruit[9] et le rythme de la déforestation s’accélère à nouveau comme l’illustre le graphique 4. «On observe une réorientation des priorités», déclare MmeUtzinger.

Un exemple concerne l’agence brésilienne chargée de la délimitation des terres pour les communautés indigènes. Cette responsabilité relevait auparavant du ministère de la Justice et a désormais été transférée au ministère de l’Agriculture depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. «Cela représente un affaiblissement du mandat du ministère de la Justice, ce qui est un enjeu de gouvernance, et assujettit les droits des tribus indigènes à un impératif économique», ajoute MmeUtzinger. «Si les peuples indigènes sont déplacés afin de permettre le défrichage des terres à des fins d’exploitation forestière, d’élevage ou de culture, c’est un enjeu relatif aux droits de l’homme. Et c’est un problème environnemental. Le E, le S et le G sont des problématiques qui sont toutes interdépendantes».

Les entreprises - et les investisseurs - n’ont pas à suivre la conduite de Jair Bolsonaro. Les entreprises qui appliquent des normes ESG plus élevées pourraient être mieux armées pour développer leurs activités à l’international, explique Jonathan Toub, gérant de portefeuille d’actions des marchés émergents chez Aviva Investors. Elles tendent également à être des entreprises susceptibles d’être financièrement plus pérennes sur le long terme.

«Les présidents vont et viennent au Brésil», ajoute M.Toub. «Quel que soit le climat politique, nous devrions être en mesure de trouver des sociétés qui respectent non seulement de bonnes pratiques environnementales, mais également de bons principes en matière sociale et de gouvernance d’entreprise. De meilleures entreprises ne se contenteront pas du minimum.»

Les yeux grands ouverts

Les pressions exercées par les autorités de régulation et les investisseurs ont également contribué à relever la barre en matière de communication d’informations ESG des entreprises dans les pays émergents. Selon la Sustainable Stock Exchanges Initiative, un programme de partenariat des Nations Unies travaillant avec les bourses et les régulateurs des marchés financiers afin de promouvoir l’investissement responsable, 22 des 38 places boursières qui disposent de directives de reporting ESG pour les sociétés cotées sont situées dans des pays émergents. De plus, six des 14 pays qui ont élaboré des codes de conduite des affaires depuis 2014 se trouvent en Asie émergente.

A mesure que les marchés actions des pays émergents gagnent en taille et prennent de l’importance à l’échelle mondiale, les données ESG générées par les sociétés cotées sur ces bourses peuvent aider les investisseurs à évaluer plus précisément la durabilité de leurs investissements. Le chinois Alibaba, le plus grand rival du distributeur en ligne Amazon, envisagerait de lever 20 milliards USD lors d’une seconde cotation à Hong Kong au lieu de la Bourse de New York, où le groupe a lancé sa première introduction en 2014.[10]

En dépit de ces améliorations, les données sur les marchés émergents demeurent hétérogènes. L’engagement peut ainsi aider davantage les investisseurs à bénéficier de la dynamique ESG au niveau des entreprises. «Le risque ESG est presque automatiquement intégré pour les entreprises des marchés émergents», explique M.Way. «Si nous pouvons le réduire, les valorisations devraient être plus élevées.»

L’ «écoblanchiment» est une préoccupation constante. L’engagement peut aider les investisseurs à comparer ce que les entreprises disent avec ce qu’elles font.

«L’écoblanchiment», un terme général désignant la pratique consistant à se donner une image ESG trompeuse, est une préoccupation constante. L’engagement peut aider les investisseurs à comparer ce que les entreprises disent avec ce qu’elles font.

«Nous avons parcouru des rapports de durabilité bien présentés, mais qui n’incluent aucun des éléments importants et tangibles tels que des indicateurs et des objectifs mesurables», déclare M.Kwong. «Dans certains cas, personne n’est responsable des informations contenues dans le rapport de durabilité.»

«Mais, si une entreprise prouve qu’elle est véritablement soucieuse des problématiques ESG, il y existe dès lors une opportunité pour un investisseur. C’est à ce stade précoce que l’on peut vraiment façonner et influencer la culture ESG de l’organisation», ajoute M.Kwong.

Le groupe malaisien Hartalega Holdings, un fabricant de gants en nitrile utilisés dans l’industrie médicale, a devancé ses concurrents tant au niveau de ses pratiques ESG que de sa rentabilité, explique Will Ballard, Responsable de la gestion des actions de petites capitalisations émergentes chez Aviva Investors. En tant que l’un des plus grands fabricants de gants en nitrile jetables haut de gamme au monde, la majeure partie de son chiffre d’affaires provient des États-Unis et de l’Europe où les réglementations environnementales sont plus strictes.

Année après année, Hartalega n’a cessé d’investir dans des installations de premier ordre qui respectent ou excèdent les normes environnementales, réduisant ainsi son utilisation des ressources naturelles. Il fait régulièrement mieux que ses concurrents en matière de santé, de sécurité et d’environnement et il investit 4% de ses bénéfices annuels dans les équipements et la technologie afin de contribuer à protéger l’environnement. Par exemple, les niveaux d’émission dans l’air de ses tours de lavage sont jusqu’à 20 fois inférieurs aux normes réglementaires.

«Lorsque nous analysons une telle entreprise, nous tenons compte de la façon dont l’industrie dans laquelle elle opère évolue et des facteurs à l’origine de ce changement», explique M.Ballard. «Il en résulte un avantage concurrentiel potentiel lorsque les normes et les réglementations changent. En comprenant ce genre de dynamiques, nous sommes convaincus de pouvoir améliorer les perspectives de performance pour nos clients.»

Next Finance 12 novembre
Notes

[1] Lourdes Casanova et Anne Miroux, «Emerging market multinationals report (EMR) 2018», Cornell SC Johnson College of Business, 2018.

[2] «GDP based on PPP, share of world», Fonds monétaire international, avril 2019.

[3] «These could be the world’s biggest economies by 2030», Bloomberg, 8 janvier 2019.

[4] «2018 World Air Quality Report», IQAir AirVisual, 2018.

[5] «The value of ESG data: early evidence for emerging markets equities», Cambridge Associates, octobre 2016

[6] Ibid.

[7] «The French Law on Duty of Care: A Historic Step Towards Making Globalization Work for All», Business and Human Rights Journal, Université de Cambridge, juillet 2017.

[8] Thomas E. Lovejoy et Carlos Nobre, «Amazon Tipping Point», Science Advances, publication de l’American Association for the Advancement of Science, 21 février 2018.

[9] «Amazon deforestation is close to tipping point», Phys.org, publication de Science X Network, 20 mars 2018.

[10] «Alibaba Weighs Raising $20 Billion Through A Second Listing», Bloomberg, 27 mai 2019.

Tags


Partager


Commentaire

Dans la même rubrique