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Et si on investissait en Afrique ?

La croissance en Afrique n’a pas été réellement homogène et bien malin celui qui a réussi à parier sur le bon pays. Cependant les prévisions démographiques d’un côté et la ratification de la ZLECA d’un autre vont propulser la thématique vers des sommets insoupçonnés. Synthèse, analyse et opportunité d’investissement par John Plassard, Spécialiste en investissement chez Mirabaud...

C’est un sujet que j’ai déjà passé en revue, mais qui continue à croître: L’Afrique. Le continent a depuis de nombreuses années attiré les investisseurs en quête de «nouveaux terrains d’investissement» comme cela a été le cas par le passé avec l’Asie par exemple. La croissance n’a pas été réellement homogène et bien malin celui qui a réussi à parier sur le bon pays. Cependant les prévisions démographiques d’un côté et la ratification de la ZLECA d’un autre vont propulser la thématique vers des sommets insoupçonnés. Synthèse, analyse et opportunité d’investissement.

a. Les faits

Jusqu’à présent, au XXIe siècle, les pays peuplés et la forte croissance démographique étaient le plus souvent associés à l’Asie. Cependant, la prise de conscience des investisseurs risque bien de changer si on se fie aux dernières données publiées par les Nations Unies.

Alors qu’en 2020, cinq des dix pays les plus peuplés du monde étaient situés en Asie, le tableau devrait largement évoluer ces 80 prochaines années puisque cinq pays africains (le Nigeria, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Égypte et la République démocratique du Congo) figureront parmi les dix plus grands pays du monde.

Si certains pays asiatiques continueront de croître, ils le feront à un rythme plus lent et seront dépassés en termes de population par les pays africains qui afficheront une croissance plus rapide.

La Chine et le Bangladesh par exemple, devraient en fait se contracter jusqu’en 2100, principalement en raison de l’amélioration du niveau de vie et de l’éducation qui a déjà commencé à faire baisser les taux de natalité.

L’Europe quant à elle continuera d’être à la traîne. Rappelons ici qu’en 1950, quatre pays européens figuraient encore parmi les plus grands du monde, contre un aujourd’hui et … aucun en 2100.

b. Le saviez-vous? (L’un de mes graphiques préférés)

Lorsque vous observez une carte géographique, il est difficile de s’imaginer la véritable taille du continent africain. En fait et contrairement à ce que l’on peut croire, selon la projection de Peters le continent africain a une superficie de 30,37 millions de km2 assez pour contenir les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, le Mexique et de nombreux pays européens réunis!

Rappelons que la projection de Peters est une projection cartographique qui, contrairement à la projection de Mercator, permet de prendre en compte la superficie réelle des continents.

En effet, la projection de Mercator, à cause des distorsions, fait apparaître plus grands les pays et continents des zones tempérées et surtout polaires: dans la projection de Mercator, le Groenland apparaît 2 à 3 fois plus grand que le continent africain, alors qu’il est de 14 à 15 fois plus petit.

La projection de Peters est ainsi une projection équivalente: elle conserve les aires, et maintient donc la proportion entre les surfaces sur la carte et les surfaces réelles.

c. ZLECA, un game changer?

L’Accord portant sur la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), a atteint en avril 2019 le quorum de 22 États membres nécessaires pour son entrée en vigueur. Cependant repoussée en raison de la pandémie du Covid-19, la mise en œuvre effective de la zone panafricaine de libre-échange a été mise en place le 1er janvier 2021. Aujourd’hui, elle rassemble 54 des 55 États africains: seule l’Érythrée n’y prend pas part.

Le rêve de créer un marché unique des biens et des services en Afrique, mais aussi d’instaurer le plus grand accord de libre-échange depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce il y a 70 ans va maintenant devenir une réalité.

d. En quoi consiste la ZLECA?

Cet accord, projet phare de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, vise à libéraliser le commerce intra-africain, à créer des emplois, à supprimer les droits de douane et à harmoniser le travail des communautés économiques régionales déjà existantes. Une fois entré en vigueur, l’accord couvrira un marché de 1,2 milliard de personnes dans 55 pays avec un produit intérieur brut combiné de 2,5 billions de dollars.

L’UA a déclaré que l’accord réduirait les droits de douane, qui s’établissent en moyenne à 6,1%, et dynamisera le commerce intra-africain de plus de 52% après l’élimination des droits d’importation.

Le pacte vise à diversifier les exportations commerciales des industries extractives et à accroître les chances des petites et moyennes entreprises d’exploiter davantage de capacités régionales.

e. Un impact économique certain

Avec la ZLECA, l’Afrique compte créer un bloc commercial qui devrait, entre autres, générer un PIB de plus de 3’000 milliards de dollars et permettre la création de 300’000 emplois directs et plus de 2 millions d’emplois indirects.

Malgré les pertes attendues en termes de baisse des droits de douane (estimés à environ 4 milliards de dollars pour le continent), les bénéfices devraient être jusqu’à quatre fois supérieurs, notamment grâce à la baisse des prix des biens de consommation.

Selon les estimations, la (quasi) suppression des tarifs douaniers devrait permettre une augmentation du commerce intra-africain de plus de 50% (en passant de 18% aujourd’hui à 25% d’ici à 2023), tandis que la réduction des barrières non tarifaires pourrait même le faire doubler.

f. La clé c’est le Nigéria

Le Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique, fournisseur de plusieurs pays en matières premières et en produits manufacturés à travers le continent est resté durant de nombreuses années de marbre face à la ZLECA, avant de finalement ratifier l’accord en novembre 2020.

Si officiellement c’était pour prendre son temps et ne pas se tromper (selon la ministre des Finances, Kemi Adeosun), on comprenait bien que les craintes concernaient la potentielle incidence qu’aurait un marché libreéchangiste sur la compétitivité des entreprises locales.

Les acteurs étaient préoccupés par le fait que le Nigeria devienne une victime du dumping (rappelons que des clauses anti-dumping sont introduites dans l’accord).

Le Nigéria craignait que le secteur industriel et plus précisément manufacturier soit à risque. Certaines garanties ayant été apportées, le plus grand pays d’Afrique a rejoint l’accord.

g. Vers quelle région se tourner?

Avec une population d’environ un milliard d’habitants et d’importantes ressources naturelles, le continent a gagné en popularité auprès des investisseurs au fil des décennies. Mais l’Afrique a également été dévastée par des guerres et des changements de régime qui ont tenu à l’écart de nombreuses sociétés multinationales et investisseurs.

Cependant et contrairement à l’Europe ou à l’Amérique du Sud, les investissements en Afrique varient considérablement d’une région à l’autre. L’Afrique du Nord ressemble beaucoup à une grande partie du Moyen-Orient en termes de ressources pétrolières et d’industries majeures. L’Afrique du Sud est considérée comme un marché plus développé, avec une industrie minière solide. L’Afrique subsaharienne est encore peu accessible aux investisseurs internationaux et comprend des économies moins développées.

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud représente le moyen le plus populaire d’investir en Afrique. Tiré en grande partie par les matières premières et l’exploitation minière, le pays est le plus grand producteur d’or, de platine et de chrome au monde.

Les secteurs agricole et bancaire du pays sont également assez importants, et sa classe de consommateurs réduit lentement sa dépendance aux exportations et alimente la croissance des services domestiques. Cependant, les problèmes politiques (notamment de corruption) ont impacté négativement la bonne tenue des contrôles budgétaires.

L’Afrique du Nord comprend l’Algérie, l’Égypte, la Libye, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie et le Sahara occidental. Bon nombre de ces pays sont connus pour leurs importantes réserves de pétrole brut. Par exemple, la Libye détient les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique et les neuvièmes plus grandes réserves du monde. Les sociétés multinationales ont des intérêts dans bon nombre de ces réserves de pétrole, bien que la politique interfère fréquemment avec les opérations.

Bref, pour investir aujourd’hui et profiter, tant soit faire que peut, de la croissance du continent, il faut parier sur des sociétés spécifiques ou sur des ETF englobants plusieurs entreprises.

h. Comment investir dans la thématique?

Certains véhicules comme les fonds négociés en bourse (ETF) reprennent plusieurs entreprises dans différents pays africains axés sur les matières premières. Le VanEck Vectors Africa Index ETF (AFK) en fait partie.

On peut aussi «visiter» des pays comme l’Afrique du Sud, tout en gardant en tête qu’il est cependant en proie à des problèmes politiques et internes.

Enfin, on peut aussi continuer à investir directement sur les matières premières qui sont présentes en Afrique, comme le cuivre ou l’argent par exemple (n’hésitez pas à me demander mon étude sur la thématique).

i. Synthèse

La ZLECA pourrait bientôt devenir un concurrent très sérieux à l’Union européenne (UE) et l’Afrique un vivier pour les investisseurs. Si la thématique est présente depuis longtemps, il semble que les pays africains aient fait un pas supplémentaire vers un avenir commercial propice.

John Plassard 1er juin
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