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Enfin, l'épargnant va y voir clair dans la jungle de la finance responsable

Une révolution pour la finance responsable: la sustainable finance disclosure regulation (SFDR) va aider l’épargnant à s’y retrouver parmi la multitude de fonds qui revendiquent une gestion éthique. Le décryptage d’Hervé Thiard, directeur général de Pictet Asset Management France...

L’épargne durable est en plein essor. A ce jour, 624 fonds affichent le label ISR (investissement socialement responsable), et 56 ont obtenu le label Greenfin (dédié à la finance verte). Beaucoup de sociétés de gestion intègrent, en plus des données financières classiques, des critères ESG (environnementaux, sociaux, et de gouvernance) pour sélectionner les valeurs qu’elles logent dans leurs portefeuilles. Toutes font valoir un même objectif: faire avancer la société, soit en sélectionnant les entreprises les plus vertueuses, soit en aidant les autres à opérer leur transition écologique et sociétale.

Jusqu’ici, l’investisseur était perdu, noyé dans une surenchère de bonnes intentions

Les gérants de fonds déploient des trésors d’ingéniosité et de marketing pour convaincre les épargnants que leurs stratégies d’investissement lavent plus blanc, mais surtout, plus vert et plus social. Pourtant, ils ne consacrent pas tous les mêmes moyens à leur gestion ESG. Ils n’ont pas tous les mêmes exigences, ni les mêmes grilles d’évaluation. Le terme de gestion responsable revêt donc un caractère multiforme, difficile à saisir. Le grand perdant, c’est l’épargnant, qui doute face à cette surenchère de bonnes intentions.

Le plan d’action européen pour la finance durable vise à en finir avec les malentendus. La taxonomie verte, lancée en 2020, impose déjà aux entreprises cotées et aux sociétés de gestion de parler le même langage. Lorsqu’une société prétend œuvrer en faveur de l’environnement, elle doit aujourd’hui le justifier et le quantifier au travers de critères strictement définis. C’est une avancée pour que les gérants d’actifs puissent obtenir une information de qualité. Mais cela reste trop abstrait pour l’investisseur.

Les fonds sont maintenant classés du moins exigeant au plus contraignant

C’est pour aider l’épargnant à s’y retrouver dans la jungle de la gestion éthique et responsable que la SFDR intervient. Ce texte européen, qui a pour vocation première de flécher les investissements vers des entreprises vertueuses, vient réglementer de façon stricte le marketing des sociétés de gestion. Il empêche, tout simplement, les fonds d’investissement les moins exigeants de brandir l’argument ESG dans leur communication commerciale. Pour éclairer le consommateur, la SFDR définit trois grandes classes de fonds responsables: article 6, article 8 et article 9.

Certains fonds utilisent les critères ESG pour sélectionner les valeurs qu’ils mettent en portefeuille, mais en se laissant une grande marge de manœuvre dans leurs choix. Ceux qui appliquent cette approche discrétionnaire relèvent dorénavant de l’article 6 de la SFDR. Ils n’ont plus le droit d’utiliser les termes «sustainable», «durable» ou «responsable» dans leur nom. Pas plus qu’ils ne peuvent utiliser ces arguments dans leurs plaquettes commerciales.

Les fonds estampillés «article 8» sont nettement plus exigeants. En premier lieu, ils doivent se focaliser sur les entreprises aux meilleures qualités environnementales ou sociales. Ce qui conduit habituellement à exclure un certain nombre de secteurs économiques de leur univers d’investissement, comme par exemple la production d’énergie provenant du charbon, les armes, l’industrie pornographique ou les jeux d’argent. Ces fonds «article 8», peuvent, eux, revendiquer une gestion dite «responsable», «ESG», «durable» ou employer l’adjectif «sustainable».

Plus l’épargnant y verra clair, plus il investira en confiance

Les fonds d’investissement qui se conforment à l’article 9 vont encore plus loin: ils affichent la volonté d’avoir un réel impact sur les sphères sociales ou environnementales. Cela peut conduire à exclure davantage de secteurs, comme la culture d’OGM ou la production pétrolière et gazière conventionnelle. Mais ils doivent, en plus, investir dans des entreprises dont l’activité affiche un impact sur l’environnement ou la société. Les écosystèmes de l’éducation, de la santé, des énergies renouvelables, des transports décarbonés ou de la dépollution d’eau sont donc privilégiées. Ces fonds dits «article 9» peuvent également accoler les qualificatifs de «durable» ou «sustainable» à leur nom, et ils peuvent également utiliser le terme «impact».

Les sociétés de gestion ont encore quelques jours pour revoir toute leur communication et l’adapter à cette nouvelle réglementation. L’industrie ne peut que s’en féliciter: plus l’épargnant y verra clair, plus il investira en confiance.

Le Groupe Pictet et sa gestion d’actifs ont toujours privilégié une approche long terme de l’investissement. Nous avons très tôt appliqué ce principe de durabilité à notre offre de gestion collective. Nos premières stratégies d’investissement socialement responsable (ISR) ont été lancées dans les années 90. Notre fonds à impact Pictet Biotech a été créé en 1995, notre fonds Pictet-Water en 2000. Pictet a été parmi les premiers signataires des Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations-Unies en 2007. Aujourd’hui, 98% de nos encours intègrent des critères ESG et plus de 50% des actifs de Pictet Asset Management sont classés article 8 ou article 9. Ce chiffre déjà élevé progressera sensiblement d’ici la fin 2021

Hervé Thiard 20 avril
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