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Elections européennes : Sont-elles si importantes ?

Dans le passé, les élections européennes étaient davantage perçues comme une consultation sur la popularité des gouvernements membres de l’UE plutôt qu’un véritable vote sur l’avenir de l’Union Européenne. Cette année est en quelque sorte différente.

Le cadre

Pour la première fois, un véritable débat sur l’Europe et son orientation a lieu sur le continent. Voici quelques preuves anecdotiques mais évidentes: C’est la première fois qu’un dirigeant européen, par un message direct, s’adresse non seulement à son électorat national, mais également à l’ensemble des citoyens européens.

Je me réfère à la lettre du 4 mars du président français Emmanuel Macron aux citoyens européens exposant un plan pour le renaissance de l’Europe et commençant par la phrase «Citoyens de l’Europe, si je me permets de m’adresser directement à vous…».[1] Cette lettre a été traduite en 22 langues.

Selon nous, il n’y a jamais eu autant d’interaction entre les politiques nationales et la thématique européenne dans la campagne électorale. Les partis de différents pays se positionnent par rapport aux groupes parlementaires européens et les dirigeants nationaux en parlent dans le cadre de leur campagne.

De nouvelles alliances sont proposées et une refonte majeure de la politique du Parlement Européen est envisagée; Ces questions ont été abordées ouvertement lors d’une récente conférence de presse à Budapest avec le Premier ministre hongrois Victor Orbán et le Vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini.[2]

Les élections nationales - même dans des pays plus petits tels que la Slovaquie ou la Finlande, ou des élections partielles dans certaines régions du sud de l’Italie ou en Angleterre pour les conseils locaux - reçoivent un niveau d’attention nouveau en ce qui concerne l’Europe, comme si l’avenir du continent dépendait du désassemblage et du réassemblage de toutes ces pièces issus de ces résultats locaux. Les affirmations de certains partis à la place d’autres sont scrutées comme des indicateurs du déclin ou de la montée de l’euroscepticisme sur le continent.

Cette nouvelle attention portée à la politique européenne trouve ses racines dans le développement récent de sujets tels que le Brexit et la montée des mouvements populistes dans la plupart des pays européens. Le Brexit privera l’Union de l’un de ses membres clés et la poussée populiste est teintée de nuances différentes selon le degré d’euroscepticisme; leur effet combiné secoue profondément l’Union européenne (UE).

Un nouveau «déficit de justification» du projet européen semble émerger. De nombreux citoyens semblent ne plus comprendre clairement la raison d’être de la construction européenne et en particulier la raison pour laquelle «plus d’Europe» serait nécessaire. Les élections de cette année sont considérées par beaucoup comme l’occasion de s’attaquer à ce problème, peut-être pour la première fois. Les partis pro-européens sont appelés à expliquer pourquoi une plus grande intégration est nécessaire. A l’inverse, les mouvements souverainistes doivent exprimer ouvertement leur vision d’une «Europe différente / moins d’Europe» et la manière d’y parvenir.

Quels sont les enjeux?

Cette année, les postes clés dans l’UE vont tous être renouvelés. Le président du Parlement Européen, de la Commission et du Conseil seront nommés, mais également le président de la Banque Centrale Européenne (BCE). Les marchés suivront de près ces rendez-vous et se concentreront particulièrement sur qui dirigera la BCE, après le mandat de huit ans de Mario Draghi.

Bien que le Parlement Européen ne joue pas un rôle important dans la nomination du président de la BCE, les élections européennes pourraient avoir un impact conséquent sur le choix effectué par les dirigeants de la Zone Euro.

La sélection pour des postes européens clés est un véritable casse-tête dans lequel l’affiliation politique, généralement à l’une des deux principales familles politiques, le mélange de nationalités et l’expérience politique jouent tous un rôle. La Présidence de la BCE n’est que partiellement à l’abri de cet exercice; la recherche d’un équilibre entre nationalité deviendra un facteur pressant dans tous les choix, en particulier une fois qu’un accord aura été trouvé pour certains postes. Par exemple, si - comme nous le pensons probablement - le Parti Populaire Européen détient le plus grand nombre de sièges au Parlement et si le principe du Spitzenkandidaten est retenu, le président de la Commission sera Manfred Weber, un allemand. Ce résultat réduira considérablement les chances d’avoir un autre ressortissant allemand aux commandes de la BCE.

Ceci n’est cependant qu’un exemple et il reste encore trop d’inconnues dans une équation politique très complexe pour permettre des prédictions significatives. Les résultats des élections fourniront quelques indications, mais seules les négociations de fin de soirée au Conseil Européen des 20 et 21 juin conduiront à des décisions quant à savoir qui occupera les postes les plus importants à la Commission et à la Banque Centrale.

L’impact sur le marché

L’UE est le plus grand bloc économique du monde et ses politiques économiques ont un impact considérable sur les marchés. Cependant, le rôle du Parlement Européen est en quelque sorte limité.

Le Parlement ne joue aucun rôle dans la politique monétaire, domaine dans lequel la BCE est «souveraine» et indépendante. De même, les politiques budgétaires de la Zone Euro sont régies par les «règles de croissance et de stabilité» définies par les pays membres et mises en oeuvre par les gouvernements nationaux sous le contrôle de la Commission.

A la place, le Parlement Européen joue un rôle de codécideur en définissant le cadre des politiques structurelles relevant de la compétence de l’UE, telles que la concurrence, le commerce et, dans une certaine mesure, l’industrie et l’innovation. Cependant, les réformes structurelles ont des impacts à plus long terme sur lesquels les marchés ne sont généralement pas concentrés.

Les marchés observeront les résultats des élections européennes, mais uniquement dans le but de déterminer les risques de perte et en particulier les risques extrêmes.

Selon nous, la croissance de la popularité d’un parti souverainiste dans les prochains scrutins ne fera pas trembler les marchés. Des gains importants sont déjà pris en compte par ces mouvements, de même que les chances d’un parlement plus fragmenté au sein duquel les deux plus grands groupes traditionnels - Populaire et Socialiste - ne pourront pas former une majorité stable mais devront trouver des alliances avec les Libéraux Démocrates et peut-être les Verts. Seul le cas dans lequel les eurosceptiques seraient capables de bloquer les travaux du Parlement et, par exemple, la nomination d’une nouvelle Commission effrayerait les marchés. La plupart des observateurs considèrent cet événement peu probable… comme un risque extrême.

Les marchés seront également attentifs aux développements des politiques nationales que les élections pourraient déclencher. Les élections pourraient en effet être le catalyseur de changements dans ces politiques, en particulier dans les pays où les coalitions gouvernementales semblent instables.

L’impact sur le Brexit pourrait également être important. La participation des électeurs britanniques aux scrutins, résultat de «l’absence de Brexit» et les perspectives pour les députés britanniques sont incertaines. Cela pourrait être un moment révélateur du point de vue de l’opinion de l’électorat sur le Brexit. Les marchés ne seront pas choqués par ces résultats, à moins qu’ils ne conduisent, par accident ou volontairement, à un Brexit sans négociation. Est-ce là aussi un autre risque extême?

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