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Edouard Carmignac, l'art du contre-courant

La société de gestion qu’il a fondée en 1989, Carmignac Gestion, connaît une expansion spectaculaire depuis la crise de 2008...

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Quand un financier émet des points de vue qui ne remportent pas l’adhésion des observateurs, il doit imposer ses visions. C’est ce qu’a fait Edouard Carmignac au début de l’automne, en s’offrant une pleine page de publicité dans Le Monde, le Figaro, El Pais et The Financial Times. L’objet? Un cadeau de départ à celui que les analystes et économistes avaient globalement épargné: Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne. Edouard Carmignac avait déjà écrit un pamphlet contre Trichet dans Le Monde deux ans plus tôt.

La démarche a surpris. Le timing d’abord - veille du départ, commenté de façon généralement bienveillante, de Trichet - mais aussi la franchise du propos. «Nous ne vous regretterons pas!» attaquait Carmignac dans une lettre ouverte qui figure en bonne position sur le site officiel de Carmignac Gestion. Puis il reprochait à Jean-Claude Trichet d’avoir «aggravé l’impact de la crise 2008 en sous-estimant son ampleur et, dernièrement, mis en péril l’euro par des hausses de taux inconsidérées et une politique de soutien de la dette des pays européens affaiblis notoirement insuffisante.» Des critiques occultant peut-être le corset réglementaire de la BCE, défendu notamment par l’Allemagne envers et contre tous.

Cette lettre ouverte a en tout cas démontré une nouvelle fois qu’Edouard Carmignac demeurait un libre penseur, indépendant d’esprit, exactement à l’image de la façon dont ceux qui le connaissent bien le décrivent habituellement.

A soixante-quatre ans, ce Français d’origine normande, qui a grandi au Pérou jusqu’à l’âge de douze ans, avant de faire ses études universitaires à Paris, puis d’obtenir un MBA à la Columbia Business School, est l’une des personnalités les plus originales de la finance européenne.

Un groupuscule bien organisé peut mettre à terre la plus grande puissance, comme une petite société bien gérée, pourvu qu'elle ait un bon produit, peut devenir une multinationale.
Edouard Carmignac

Traits proches de ceux de François Pinault, tendance à parler en mangeant ses mots, Edouard Carmignac sait donner un relief artistique à son activité. Fan de pop art, portraits géants de Lénine et Mao dans son bureau situé Place Vendôme, le patron de Carmignac Gestion, qu’il a créé en 1989 après être passé par Blyth, Eastman, Dillon & Co à New York, et BNP à Paris, est le spécialiste du contre-pied. Pourquoi Lénine et Mao? Pour se convaincre à chaque moment qu’ «un groupuscule bien organisé peut mettre à terre la plus grande puissance, comme une petite société bien gérée, pourvu qu’elle ait un bon produit, peut devenir une multinationale» a-t-il expliqué en 2009 dans le magazine Challenges.

La façon dont Carmignac Gestion a grandi ces dernières années donne raison à ses croyances, et rend crédibles les références récurrentes à l’indépendance du gérant américain Fidelity.

En seulement neuf ans, la part des actifs gérés par les différents fonds de Carmignac Gestion est passée de 797 millions d’euros (2002) à... plus de 45 milliards (2011). La firme emploie aujourd’hui 180 personnes dont 22 analystes et gérants de fonds, et investit dans cinquante bourses à travers le monde.

En seulement neuf ans, la part des actifs gérés par les différents fonds de Carmignac Gestion est passée de 797 millions d'euros (2002) à... plus de 45 milliards (2011).

Les activités ont fortement crû depuis le début de la crise financière de 2008, profitant notamment de la forte déclinaison sur les pays émergents et sur les matières premières, la spécialité historique d’Edouard Carmignac.

En tant que directeur des investissements, Edouard Carmignac supervise l’équipe de gestion et joue le rôle de chef orchestre, notamment au cours des réunions matinales de l’équipe de gestion où les échanges d’idées sont mises à profit des différents portefeuilles. En tant que président de Carmignac Gestion, il partage les rênes et le succès de la société avec Eric Helderlé. «Beaucoup de gestionnaires de fonds sont bons pour gérer l’argent, mais beaucoup moins pour diriger leur entreprise», rappelait-il en 2009 dans le Financial Times. La rumeur en fait un adepte des rapports de forces. Joueur de polo de haut niveau, il a remporté de nombreux tournois, notamment la Queen’s Cup à Londres. «J’adore embrasser la reine» plaisantait-il il y a 3 ans dans un portrait.

Johann Harscoët Février 2012

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