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Cette très chère inflation

Responsable du récent regain de pressions inflationnistes, le déficit d’offre devrait peser au moins jusqu’à la mi -2022. En attendant, les banques centrales tentent de rassurer les marchés en tenant des discours optimistes sur le côté provisoire de la hausse des prix dans le but de contenir la remontée des taux longs, principale incertitude pour les mois à venir.

La crise de l’offre que nous vivons actuellement, liée à des goulots d’étranglement dans certains secteurs et au manque d’investissements récents dans d’autres, rebat les cartes du scénario macroéconomique mondial. Le cycle de croissance n’est pas menacé mais le rythme d’expansion pourrait se tasser, tout du moins dans l’industrie. La reprise des services, directement liée à l’amélioration sanitaire, pourrait compenser au moins partiellement cette inflexion. Les conséquences inflationnistes sont plus difficiles à appréhender et font l’objet de grands débats.

Le déficit d’offre concerne autant des biens tangibles comme certaines matières premières que la main d’œuvre dans différents secteurs. La demande est trop forte et n’est pas satisfaite à court terme, entraînant des hausses de coûts et des augmentations de salaires. Ce déficit d’offre ne va pas se régler en quelques semaines et il pèsera selon nous au moins jusqu’à la mi -2022. Les temps d’adaptation sont lents et l’investissement indispensable des entreprises ne donnera des résultats que progressivement. L’amélioration sanitaire, notamment en Asie, pourrait également favoriser le redémarrage des grands ports, essentiels au transport de biens nécessaires à l’industrie mondiale. Pour le pétrole la réaction devrait être plus rapide, notamment du côté de l’OPEP, de sorte que le prix du baril pourrait se stabiliser après l’envolée récente.

Les effets de base disparaissant peu à peu, les conséquences inflationnistes seront alors amoindries et plus acceptables par les Banques Centrales. En attendant les taux d’intérêt ont entamé un mouvement de remontée, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Cette hausse est mesurée et progressive et les autorités monétaires font leur possible pour rassurer les marchés en tenant des discours optimistes sur le côté provisoire de la hausse des prix. Les taux d’intérêt sont selon nous le principal facteur d’incertitude pour les mois à venir.

L’autre variable à surveiller est la politique chinoise avec la mise en place du 14eme plan. La reprise en main politique avec une volonté de réduire les inégalités et de réguler certaines activités liées au digital devrait contribuer à un tassement de la croissance économique. Toutefois, le gouvernement agira avec mesure car il ne peut se permettre de voir l’économie décélérer trop brutalement. La croissance chinoise, même diminuée, restera solide. La volonté chinoise de respecter ses engagements climatiques nécessite quelques ajustements immédiats, comme la réduction provisoire de la production d’acier (fortement contributrice de CO2). Ce sont des phénomènes qui pourraient favoriser l’accélération vers des énergies alternatives.

Ce choc d’offre et ses conséquences inflationnistes devrait peser sur les marges de certaines entreprises dont les coûts sont en train de remonter. Seules les sociétés à fort Pricing Power pourraient échapper à ce phénomène. L’activité n’est pas menacée, la demande restant forte et garantie par la réserve d’épargne disponible des ménages. Mais cet impact sur les marges de l’augmentation des coûts doit être surveillé. La prochaine publication des résultats du troisième trimestre des entreprises permettra de se faire une idée plus précise. Les résultats devraient être bons mais les discours des managers et leurs guidances pourraient être moins favorables.

Ces incertitudes rendent les marchés un peu nerveux en ce début d’automne. Un surcroit de volatilité est engendré par la volonté chinoise de réguler l’industrie digitale. Nous avions un peu réduit la voilure avant l’été et nous restons sur cette position pour le moment. La variation des taux d’intérêt et les publications trimestrielles des entreprises sont les deux paramètres qui, à court terme, vont guider notre politique de gestion.

Emmanuel Auboyneau 6 octobre
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