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300 €/t : Un record historique pour le prix du blé qui ouvre les portes à une instabilité mondiale

Le prix du blé meunier vient de frôler le niveau des 300 €/t sur le contrat à terme d’Euronext. Le record historique de prix vieux de 14 ans vient donc d’être de nouveau atteint. Derrière cette performance, se cache avant tout une réalité fondamentale: l’offre de blé en chute chez les grands exportateurs n’est pas suffisante pour répondre à la demande record des pays importateurs.

«Côté récolte, les déboires sont connus depuis l’été dernier. Pertes de production au Canada, aux Etats-Unis et en Russie à la suite de canicules. Pertes de qualité et de production en Europe suite aux intempéries de juillet.» explique Sébastien Poncelet, directeur du développement au sein du cabinet Agritel. En frôlant les 300€/t, le cours du blé meunier s’approche d’un seuil symbolique, franchi en septembre 2007.

Contrairement à l’offre, la demande ne faiblit pas, elle se multiplie. Le manque de maïs sur l’été et l’automne a soutenu la consommation de blé. Les mauvaises productions locales poussent les pays du Moyen-Orient tels que l’Iran et la Turquie à des achats massifs. Le Pakistan et la Chine continuent de leur côté des programmes d’achats massifs pour la reconstitution de stocks, tandis que le Bangladesh répond à la hausse effrénée de sa population.

Jamais les achats de blé n’ont été aussi forts que ces 4 derniers mois sur le marché mondial alors que les disponibilités à la vente ne suivent pas. À chaque nouvelle vague d’achats, les prix montent inlassablement.

L’arrivée de la nouvelle récolte de maïs se présente comme record aux Etats-Unis et en Ukraine, et très bonne en Europe. Elle soulagera quelque peu la demande dans la filière animale mais ce ne sera probablement pas suffisant.

«À travers cette hausse historique, le marché cherche à rationner la demande par le prix y compris la demande à destination de l’alimentation humaine. Il cherche également à stimuler une hausse de production pour l’année prochaine. Dans les deux cas, la tâche est délicate et l’objectif n’est pas encore atteint.» insiste Sébastien Poncelet.

Les menaces qui planent sur la prochaine récolte ne font que rajouter de l’huile sur le feu avec d’ores et déjà des levées de blé perturbées par le manque de précipitations en mer Noire ou aux Etats-Unis. Il ne faut pas oublier la flambée des prix des engrais azotés doublée de risques de pénuries qui pourraient compromettre l’obtention d’une bonne production en 2022 pourtant indispensable pour remettre les stocks à flot.

«Du blé au pain il n’y a qu’un pas. C’est la nourriture de base d’une partie de l’humanité qui est menacée. L’instabilité alimentaire dans les pays les plus dépendants aux importations s’annonce d’autant plus importante que les huiles végétales flambent également sur des niveaux de prix record.» ajoute Sébastien Poncelet. L’indice alimentaire de la FAO est de retour sur les plus hauts du printemps 2008 et 2011 quand les émeutes de la faim et le «printemps arabe» avaient bousculé l’ordre établi.

«L’alimentation mondiale est un défi. À l’heure où l’Union européenne prône la décroissance de sa production agricole à travers la stratégie «Farm-to-Fork», le rôle stratégique et nourricier de l’Agriculture revient plus que jamais sur le devant de la scène.» analyse Sébastien Poncelet. L’Agriculture se pose aussi en solution face au changement climatique avec sa capacité à capter le carbone et à générer des énergies vertes.

Quant à nos filières agricoles, elles sont aussi malmenées. Pour les producteurs céréaliers, les aléas climatiques, l’explosion du coût des intrants et la volatilité extrême des cours des grains rendent l’activité à haut risque économique.

Pour les éleveurs, c’est l’existence même de ce métier qui peut être remis en cause si le prix des viandes, des produits laitiers ou des œufs n’augmentent pas à proportion de la hausse des matières premières.

«Les intentions françaises d’une juste rémunération des agriculteurs selon leur coût de production dans le cadre de la nouvelle Loi Egalim 2 sont certes louables mais atteindront rapidement leurs limites dans un marché commun européen et dans une compétition mondiale. Finalement, ce prix record du blé ne fait que nous rappeler que le monde a faim, que le monde a chaud et surtout qu’il a besoin de la science, du progrès et du travail des agriculteurs au quotidien» conclut Sébastien Poncelet.

Next Finance 4 novembre
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