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Vietnam et Cambodge, les marchés frontières asiatiques sont mis en valeur

Dans l’esprit de nombreux investisseurs, les marchés frontières sont une boîte noire d’incertitudes, caractérisés par un leadership instable, des devises volatiles et une gouvernance corporate qui pose question.

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Selon nous, cependant, l’aversion répandue chez les investisseurs a créé des opportunités d’investissement bottom-up parmi les plus intéressantes de toutes les classes d’actifs. Le Vietnam et le Cambodge, par exemple, sont des économies frontières qui, sur les 50 dernières années, ont été largement isolées des investissements étrangers ou du commerce, freinant leur développement par rapport à leurs voisins régionaux. Ces deux pays sont cependant en train de se réformer, créant ainsi une opportunité substantielle pour les entreprises capables de s’adapter et de profiter du changement.

Le Vietnam, en transition vers une économie de plus en plus tournée vers les marchés

Alors que le Vietnam conserve encore sa structure politique de parti unique communiste, il s’est très vite libéré d’une économie dirigiste. Le commerce et l’investissement réussissent là où une invasion américaine coûteuse a échoué. Il existe aujourd’hui un pipeline de nombreuses introductions en bourse d’entreprises publiques enclines à attirer des capitaux étrangers, et parmi celles qui sont déjà cotées certaines font pression avec empressement auprès des ministères pour une plus grande autonomie. Historiquement, l’investissement étranger sur le marché actions a été limité par des plafonds pour contrôler l’actionnariat étranger. Les décideurs politiques ont, cependant, graduellement élargi ces limites à l’actionnariat étranger, et dans certaines entreprises ces restrictions sont déjà complètement supprimées.

Plus l’accès au marché s’améliore, plus les chances du Vietnam de passer de la classification “marché frontière” à celle de “marché émergent” augmentent, une transition qui devrait avec le temps aider les entreprises à se financer à des coûts plus abordables et qui est déjà en retard en termes de progrès économique.

Banques – les bénéfices et les risques se renforcent

L’ascension vietnamienne n’a pas été de tout repos des dix dernières années. Affecté par la crise financière mondiale en 2008, le pays a aussi enduré un cycle de crédit encore plus intense en 2012 en raison d’emprunts publics excessifs. A cause d’une réglementation limitant la reconnaissance de créances douteuses – un reste regrettable du contrôle de l’État sur le système bancaire - la rentabilité de beaucoup de banques vietnamiennes n’a commencé que récemment à se remettre. En effet, l’environnement actuel avec une inflation davantage contrôlée et une accélération de la croissance du crédit, associé à une période de rendements plus importants, ont contribué à un rallye significatif sur ce secteur. Toutefois, bien qu’il y ait des changements structurels positifs – notamment l’amélioration de la réglementation et l’abandon des octrois de prêts excessifs aux entreprises publiques – il continue d’y avoir des pratiques inquiétantes en matière de prêt, et si la croissance du crédit doit être soutenue, des besoins considérables en capitaux devront être levés par la plupart des banques.

De plus, tandis que le crédit à la consommation semble repartir après avoir atteint son plus bas niveau, le rythme récent de la croissance et la couverture limitée de l’évaluation du crédit à la consommation suggèrent que des défis liés à la qualité des nouveaux actifs sont déjà à l’œuvre.

Une exposition au-delà du Vietnam

Les opportunités de profits liées à la croissance du Vietnam ne se limitent pas seulement au pays en tant que tel. En effet, beaucoup d’entreprises régionales intensifient leur localisation d’usine ou leurs échanges avec le Vietnam. Dans le dernier classement Ease of doing Buisness réalisé par la Banque Mondiale, le Vietnam a gagné 14 places pour se hisser à la 68ème sur 190 économies, et les dirigeants du pays envisagent de faire entrer le Vietnam dans le top 4 des économies ouvertes aux investisseurs en Asie du sud-est. Ceci couplé au fait que les salaires vietnamiens ne s’élèvent qu’à un tiers des salaires chinois des villes côtières, rend la destination très attractive pour l’investissement fixe. Une des conséquences les plus litigieuses de l’accroissement des échanges, toutefois, a été l’importance de l’investissement chinois; surtout dans une période de mauvaises relations liées à des prétentions rivales sur les frontières maritimes. Lorsque l’on en vient à l’initiative chinoise de “one belt one road» pour promouvoir l’échange à l’étranger, au Vietnam la croyance veut que si tu n’acceptes pas la “route”, tu ais la “ceinture”.

Cambodge, la frontière émergente

Le Cambodge est différent. Le pays a complètement accepté l’investissement chinois, en particulier parce que contrairement aux capitaux occidentaux il n’exige aucune réforme démocratique associée. Malgré de faibles infrastructures et une force de travail peu qualifiée, le pays a été une destination très compétitive pour les métiers de l’industrie du textile bas de gamme en raison de sa force de travail jeune et par conséquent peu chère. L’avantage démographique du pays est largement dû au génocide des années 1970 sous le régime des Khmers rouges, une période terrible de quatre ans durant laquelle brutalement un cinquième de la population a été tué, laissant 65% de la population du pays âgé de moins de 30 ans aujourd’hui.

Cependant, outre le passé récent du Cambodge, le pays dispose d’une histoire riche avec trois sites inscrits au patrimoine mondial, en faisant une destination touristique plébiscitée. En 2016, la contribution totale estimée des voyages et du tourisme au PIB s’élève à près de 30%, et elle a comptabilisé environ un quart des emplois. Promouvoir la croissance du tourisme est un élément clé du programme de développement du pays. En particulier, en attirant plus de touristes venus de Chine, un pays qui compte déjà un bon cinquième du total des touristes et où le nombre de visiteurs a prévu de doubler d’ici 2020 en raison des nouvelles voies aériennes. Bien qu’il y ait un univers très limité d’actions cotées, et encore moins de choix en termes d’opportunités d’investissement attractives, les investisseurs peuvent miser sur l’augmentation du tourisme, mais à travers des sociétés cotées sur des bourses étrangères.

Il y a à la fois au Cambodge et au Vietnam une gamme diverse de risques et d’opportunités. Faire la différence entre la croissance due à un avantage cyclique et celle davantage soutenue par des changements structurels continuera à être un facteur clé pour évaluer la qualité du progrès et éviter les bulles. Alors que les transitions de ces économies ne seront peut-être pas positives pour toutes les sociétés, celles avec un business modèle solide et positionnées pour bénéficier du changement structurel pourront faire l’expérience d’une croissance des opportunités à un niveau bien plus élevé que la plupart de celles des marchés émergents et développés.

Charles Sunnucks 12 février

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