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Vers une guerre de tranchées économiques ?

Les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis sont tombées à l’eau la semaine dernière. Un compromis peut encore être trouvé. Toutefois, à moins qu’un accord ne puisse être conclu rapidement dans les semaines à venir, les marchés devront se préparer à une longue «guerre de tranchées économiques».

Au cours de la dernière année, nous avons décrit à maintes reprises la politique commerciale américaine comme étant "fondamentalement malavisée et terriblement mal informée". Pour autant, comme le savent tous ceux qui ont déjà acheté une voiture d’occasion, le fait d’être mal informé peut s’avérer très utile pour parvenir rapidement à une entente, même si elle n’est pas nécessairement particulièrement satisfaisante.

Dans le cas des pourparlers commerciaux entre la Chine et les États-Unis, une entente était possible. La Chine allait accepter d’acheter plus de biens et services américains. Contrairement aux économies de marché d’autres pays, l’État chinois peut encore choisir, dans une large mesure, l’origine de ses marchandises, aussi mauvais que cela puisse être pour l’économie mondiale. Parallèlement, elle allait apporter quelques changements au niveau de sa politique, certains purement superficiels, d’autres plus fondamentaux, comme la facilitation de l’application des droits de propriété. Le président américain Donald Trump, quant à lui, allait déclarer victoire et participer à la campagne électorale présidentielle de 2020 avec une réussite à son actif.

Ce type de scénario est encore possible. Mais la probabilité qu’il se matérialise diminue de jour en jour. À moins qu’un accord ne puisse être conclu rapidement au cours des prochaines semaines, les marchés devront se préparer à une longue période de guerre de tranchées économiques. Et ce sont les grandes entreprises américaines cotées en bourse, en particulier, qui pourraient en pâtir le plus.

Cette situation pointe du doigt certaines incompréhensions inquiétantes entre les deux camps au cours de ces derniers mois. Washington ne semble pas comprendre les enjeux qui poussent la Chine à conclure un accord, ce qui risque d’entrainer des conséquences importantes.

La politique américaine en matière de commerce a changé radicalement au cours des trois dernières années, continuant d’évoluer tous les trimestres. De plus, une compétition risque de se former en 2020 entre Donald Trump et le prochain candidat démocrate, pour savoir lequel des deux sera le plus sévère avec la Chine. Au regard de cette dynamique, la possibilité d’un accord qui pourrait satisfaire la Chine s’éloigne de jour en jour… Le constat est même encore plus inquiétant: un nombre croissant de chefs d’entreprises américains traditionnellement favorables à la Chine semblent penser qu’augmenter les droits de douanes pendant une courte période est un prix à payer si cela peut entraîner des changements politiques durables en Chine.

Alors, que peut faire la Chine? Jusqu’à présent, sa stratégie semble avoir été d’attendre, de causer stratégiquement du tort, de faire traîner les choses et d’espérer que les pressions américaines finissent par disparaître. Comme l’a noté "The Economist", les mesures de rétorsion qu’elle a prises jusqu’à présent ont déjà coûté assez cher: "Le choix des tarifs douaniers de la Chine semble destiné à décourager l’escalade à tout prix. Seuls les régimes qui n’ont pas d’électeurs à satisfaire peuvent courir ce risque. La leçon est claire: si vous commencez une guerre commerciale, combattez une démocratie, pas une autocratie."

Cela n’a donc pas fonctionné et les événements de la semaine dernière semblent avoir changé la donne du côté de Pékin. Compte tenu de l’histoire de la Chine au cours des deux derniers siècles, il est compréhensible que ses dirigeants hésitent à être perçus comme faisant des "concessions" aux puissances occidentales sous la contrainte, et encore moins à permettre à une puissance étrangère de dicter les lois chinoises. Et le simple fait que Washington fasse publiquement de telles exigences est une source d’humiliation nationale.

Pour la Chine, l’échéancier est beaucoup plus large. Contrairement à Trump, le président Xi et autres parties-prenantes ne s’inquiètent pas outre mesure de ce qui pourrait arriver en 2019 ou en 2020. La crise économique et politique à court terme pourrait bien en valoir la peine - si elle promet des gains dans 10 ou 15 ans.

Les attitudes agressives dans l’espoir d’obtenir des concessions sont souvent au cœur de l’escalade des conflits entre États. La nature des guerres commerciales (comme les guerres actuelles) est de favoriser le sentiment nationaliste et le chauvinisme. Les premiers coups de feu sont tirés dans l’espoir de victoires rapides. Et avant que vous ne vous en rendiez compte, les deux parties sont coincées dans les tranchées, sans issue évidente et politiquement réalisable.

Nous craignons que ce moment ne se rapproche rapidement. Au cours des prochains jours et prochaines semaines. Nous serons attentifs aux signes indiquant que l’administration Trump commence à prendre conscience de la gravité et l’urgence de la situation - tout en préparant des plans d’urgence et des analyses au cas où ce ne serait pas le cas.

Entre-temps, nous tenons simplement à souligner que les risques à la baisse pesant sur les actions américaines l’emportent pour l’instant sur les risques à la hausse potentiels.

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