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PDG européens : travaillez avec nous, pas contre nous

Vous avez souvent repoussé nos tentatives de prise de contact, car vous êtes convaincus que nous n’avons pas véritablement à cœur de servir les intérêts de vos entreprises respectives. Peut-être avez-vous oublié que nous en sommes les propriétaires?

Par Sharon Fay, directrice du département actions chez AllianceBernstein (AB), Tawhid Ali, CIO - actions européennes chez AB, Andrew Birse, gérant de portefeuille - actions européennes chez AB

Peut-être aurions-nous dû nous exprimer bien avant. Mais nous ne pouvons plus attendre: les fonds de LBO sont à votre porte.

Les investisseurs européens en actions boudent depuis bien trop longtemps la communication avec les équipes dirigeantes des entreprises du continent. Les torts sont sans doute partagés. Certes, nombre des actionnaires d’entreprises européennes se sont abstenus de suivre l’exemple de leurs homologues américains – qui, eux, ont l’habitude de tisser des liens avec les dirigeants d’entreprises en amont, dans le but de les inciter à mettre en place des mesures favorables au rendement. Mais vous ne nous avez pas facilité la tâche. Vous avez souvent repoussé nos tentatives de prise de contact, car vous êtes convaincus que nous n’avons pas véritablement à cœur de servir les intérêts de vos entreprises respectives. Peut-être avez-vous oublié que nous en sommes les propriétaires?

Le temps du changement est venu. Un certain nombre de cas abondamment médiatisés en témoignent. En mars, Melrose Industries – une entreprise spécialiste du redressement d’entreprises – a lancé une OPA hostile sur le groupe britannique d’ingénierie GKN. En février, l’opérateur danois de télécommunications TDC a tenté de racheter le groupe suédois Modern Times Group (MTG) pour la somme de 2,5 milliards de dollars, après avoir lui-même reçu une offre de rachat d’un fonds d’infrastructures dont nous avons appris l’existence par la presse.

En quoi ces deux événements sont-ils liés? Dans les deux cas, les équipes dirigeantes ont refusé de prendre en compte les recommandations constructives émises par leurs actionnaires, lesquelles auraient pu les aider à améliorer leurs performances et à conserver leur indépendance. Rendues plus vulnérables par leurs faiblesses stratégiques, les deux entreprises ont été victimes de rachats hostiles et se sont vu imposer des mesures similaires à celles que leurs actionnaires auraient prônées.

En tant que détenteur de parts de GKN, nous avons tenté à plusieurs reprises de dialoguer avec sa direction et son conseil d’administration. Nous avions analysé la situation et étions persuadés que la structure en conglomérat de l’entreprise n’était pas appropriée et que GKN aurait affiché de meilleures performances opérationnelles – ainsi qu’un meilleur rendement du capital – si ses activités aérospatiales et automobiles avaient été scindées en deux entités distinctes. La direction a ignoré nos conseils. Puis, Melrose a fait son apparition dans le paysage et GKN a immédiatement mis en vente ses activités automobiles. Ce changement de pied brutal soulève indéniablement des questions sur la qualité de la gouvernance de l’entreprise.

Quant au projet d’OPA de TDC sur MTG, il s’agissait objectivement d’une manœuvre destinée à faire de l’entreprise une entité trop diversifiée pour qu’un fonds de pension puisse l’absorber. Plutôt que de se demander s’il était opportun d’accepter le rachat en dialoguant avec l’actionnaire que nous sommes, TDC a préféré élaborer cette stratégie d’OPA sur MTG et d’émission de parts.

Dans les deux cas, les dirigeants n’ont agi qu’au moment où ils risquaient de perdre leur indépendance et, par la même occasion, leur emploi. Ces deux entreprises auraient pu connaître un autre destin si leurs directions respectives avaient été disposées à dialoguer avec leurs actionnaires. Mais ce type d’interactions suppose un état d’esprit différent. Il aurait fallu qu’elles cessent de considérer leurs actionnaires comme des ennemis. Nous ne sommes pas vos ennemis! Nous sommes des investisseurs «long-only»; nous ne louons pas vos actions, nous achetons des parts de votre entreprise.

Et nous réfléchissons avant d’acheter. Forts de ce travail préalable, nous sommes capables de vous aider à affiner votre compréhension du fonctionnement du secteur dans lequel vous évoluez, et même de celui de votre propre entreprise.

Voici ce que nous attendons de vous:

  • Dotez-vous d’une stratégie claire: ne vous cachez plus derrière de vagues promesses de création de valeur à long terme. Gagnez notre confiance en élaborant des plans détaillés et concrets.
  • Parlez-nous: le débat est une saine activité. Nous n’avons sans doute pas toujours raison, mais vous non plus. Parfois, seul un point de vue extérieur peut provoquer le changement. Nous avons tout intérêt à ce que vous réussissiez et, contrairement à d’autres, nous ne facturons pas les heures passées à dialoguer.
  • Ne reportez pas les décisions difficiles: la procrastination est vouée à l’échec et pousse les acheteurs non désirés à l’action.
  • Écoutez les sceptiques: dialoguez avec les investisseurs qui vendent vos actions à découvert. Tentez de comprendre pourquoi ils pensent que vous être en train de détruire de la valeur. Ils ont parfois raison. Et pourquoi ne pas tirer profit d’une analyse gratuite? Sur cette base, agissez et montrez-leur qu’ils ont tort!
  • Alignez vos objectifs avec ceux de vos actionnaires: faites en sorte que votre rémunération soit proportionnelle aux résultats obtenus grâce aux stratégies que vous mettez en œuvre et à la valeur que vous créez pour vos actionnaires.

Libre à vous d’ignorer ces recommandations, mais ce sera à vos risques et périls. Si vous n’agissez pas en ce sens, ne soyez pas surpris qu’une entreprise de private equity frappe inopinément à votre porte et ne vous offusquez pas non plus qu’un fonds «activiste» plus hostile vous place dans sa ligne de mire. Les fonds de private equity disposent de réserves de liquidités considérables et sont en quête de cibles. Les entreprises européennes affichant un rendement du capital bien inférieur à celui de leurs homologues américaines, ces fonds ont aiguisé leur capacité à repérer les proies affaiblies. Et vous ne pourrez pas non plus tomber des nues quand vous comprendrez que nous avons finalement décidé de les aider.

Nous voulons travailler avec vous – et pas contre vous – et faire en sorte que votre entreprise affiche les meilleurs résultats possibles pour l’ensemble des parties prenantes.

Nous voulons également vous aider à exploiter vos forces et à améliorer votre rentabilité. Et nous préférerions capter la valeur produite grâce à votre dur labeur par le biais du cours de l’action de votre entreprise plutôt que d’en faire cadeau à un autre acteur du marché – un fonds de private equity par exemple.

L’univers des entreprises européennes abrite désormais des investisseurs d’un type nouveau, des «activistes» qui ne sont pas agressifs et ne s’épanchent par sur la place publique. Nous jouons dans la même équipe et avons les mêmes objectifs à long terme. Ouvrez-nous votre porte, et vous ne regretterez pas de nous avoir laissés entrer.

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