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MIFID 2, 1 an après

Le 3 janvier 2018, la réglementation MIFID 2 entrait en vigueur, imposant notamment aux sociétés de gestion de réformer en profondeur le modèle de financement de la recherche. Quel bilan un an après? L’analyse de Julien Raimbault, Investments Chief Operating Officer à la Banque Postale Asset Management...

Comme nous le redoutions, la décision prise par l’immense majorité des acteurs d’affecter les coûts de recherche externes à leur compte de résultat a eu un impact déflationniste majeur.

A titre d’illustration, selon une étude du CFA Institute parue début 2019, les sociétés gérant plus de 250 milliards d’euros d’encours auraient vu leur budget consacré à la recherche baisser de 11% en moyenne (6% toutes tailles confondues) depuis l’entrée en vigueur de MIFID 2.

Ne voir dans ce mouvement qu’une aubaine pour les investisseurs serait très réducteur. Car cette chute sans précédent des prix a logiquement été accompagnée par une raréfaction du service (mesurable au nombre d’analystes couvrant une société), avec un phénomène encore plus marqué sur les petites capitalisations. Ainsi, à ce jour, près de 40% des petites et moyennes sociétés seraient d’ores et déjà suivies par un seul analyste ou par aucun.

Et il est malheureusement à craindre que cet effet sera amplifié dans les années où des conditions de marchés difficiles accentueront la pression sur les marges, tant la tentation de piloter le résultat en ajustant le poste recherche peut être grande.

Pour l’année 2019, la presse a déjà annoncé que deux super-géants du secteur avaient chacun amputé leur budget de recherche de 60% par rapport à 2018…

Or sanctuariser la qualité du service de recherche est un élément crucial pour que notre industrie, intégralement basée sur la richesse intellectuelle des femmes et des hommes qu’elle mobilise, puisse créer de la valeur.

En effet, si une gestion passive peut probablement faire l’impasse sur l’analyse financière, les stratégies d’investissement actives, qui font la promesse de la gestion du risque sur le long terme, ne peuvent a contrario s’en priver. Notre conviction est que la recherche externe est un complément indispensable aux ressources dont nous disposons dans nos murs – aussi nombreuses et expertes soient-elles –, gage d’ouverture sur un monde de plus en plus complexe à appréhender seul.

De plus, à l’heure où l’univers de la finance commence juste à prendre la réelle mesure des enjeux environnementaux et sociétaux auxquels les populations sont confrontées, comment offrir une gestion responsable réellement engagée, sans préserver en amont l’accès à une recherche «ESG» indépendante et de qualité?

LBPAM avait décidé de ne pas céder à la simplicité et au mouvement de masse, en optant pour un modèle qui facture la recherche consommée aux portefeuilles, en toute transparence pour ses clients. C’était un choix structurant. Un an après, nous l’assumons et nous en sommes fiers, car il est le garant dans la durée des moyens mis à la disposition de la bonne gestion des encours qui nous sont confiés.

Julien Raimbault 28 février
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