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La réforme des retraites de Macron sera bénéfique pour l'économie – sur le long terme

Selon Scope Ratings, la réforme permettra de simplifier le système de retraites et d’améliorer les marchés de l’emploi sur le long terme, mais les concessions faites aux syndicats en limiteront les effets, tandis que son financement sur le court terme reste incertain.

La réforme du système de retraite est l’une des mesures phares du gouvernement d’Emmanuel Macron. Portée par le gouvernement d’Édouard Philippe, et à l’origine d’un mouvement de contestation interprofessionnel particulièrement suivi dans les transports, ce projet de loi vise essentiellement à fondre les 42 régimes de retraite existants en un système universel à points.

“Le système actuel est trop complexe et ouvre à chacun des droits à la retraite différents selon les métiers exercés”, souligne Bernhard Bartels, analyste en charge de la note souveraine française chez Scope Ratings. “Un dispositif universel avec des règles communes de calcul des pensions simplifierait le système, favoriserait la mobilité de l’emploi et la flexibilité des parcours professionnels”.

L’adoption d’un système à points pour déterminer les droits à la retraite aura, en tenant compte de l’intégralité de la carrière professionnelle, un effet redistributif positif, relatif au régime actuel des salariés du secteur privé, par exemple, qui prend en compte les 25 meilleures années de salaires. Cette règle des 25 meilleures années favorise les salariés ayant bénéficié de trajectoires professionnelles ascendantes, habituellement corrélées aux rémunérations les plus élevées, au détriment des salariés les plus modestes.

L’augmentation du minimum retraite, qui passera à 85% du smic, ainsi que d’autres mesures redistributives devraient également favoriser les plus bas revenus.

Confronté à une forte mobilisation contre la réforme, le gouvernement a toutefois fini par octroyer de multiples concessions. Le nouveau système ne sera mis en place que très progressivement, avec une transition sur plusieurs années. Il ne concernera que les générations nées après 1975, la génération 2004 étant la première à intégrer le nouveau système pleinement.

Les salariés qui bénéficient actuellement de certains régimes spéciaux ont en outre négocié divers aménagements, parmi lesquels la possibilité de départs anticipés, une phase de transition plus allongée et le maintien de certaines caisses complémentaires.

“La décision du gouvernement d’accorder des dérogations aux salariés de certaines branches remet en cause l’universalité du futur système, le rend plus complexe et amoindrit les effets positifs qu’aurait dû induire une diminution plus substantielle des obstacles aux changements d’emplois”, explique Bernhard Bartels.

Le deuxième grand objectif de l’exécutif porte sur l’équilibre financier du système de retraite: il s’agit de garantir la pérennité du régime universel, de résorber le déficit à court terme du régime actuel et de maintenir la part des dépenses de retraite en dessous de 14% de PIB.

Le projet de loi met en place, dès 2025, une “règle d’or” destinée à garantir l’équilibre du système sur cinq années glissantes. Cet outil permet d’assurer la pérennité du système face à de nouveaux défis démographiques. Une Caisse nationale de retraite universelle, dont le conseil d’administration sera composé de représentants des employeurs, des salariés des secteurs public et privé et d’indépendants, sera chargée de superviser le système et de procéder, si nécessaire, à des ajustements pour préserver l’équilibre financier.

L’un des éléments clés qui doit permettre d’assurer cet équilibre est “l’âge pivot”, soit l’âge minimum pour toucher sa retraite à taux plein, qui variera en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. Pour les actifs les plus jeunes, il sera plus élevé que pour les seniors si l’espérance de vie continue d’augmenter. Cet âge d’équilibre autorise un certain degré de flexibilité puisque les départs en retraite pourront se faire avant, en acceptant une décote, ou bien après, ce qui permettra de toucher un bonus.

“L’introduction d’un âge pivot flexible est une mesure efficace pour augmenter le taux d’activité des travailleurs les plus âgés et soutenir l’équilibre financier du système sur le long terme sans devoir relever les cotisations ni baisser les pensions”, indique Thibault Vasse, analyste chez Scope Ratings. “Elle entraîne toutefois un coût social”.

Un âge pivot universel pénaliserait les travailleurs arrivés très jeunes sur le marché de l’emploi, qui perçoivent généralement les plus bas revenus, en les obligeant à prendre leur retraite plus tard que sous le régime actuel. Les syndicats les plus modérés, comme la CFDT et l’UNSA, qui étaient favorables au système universel par points, se sont fermement opposés à cette mesure.

En signe d’ouverture, l’exécutif a finalement accepté de renoncer à l’instauration d’un âge pivot de court terme, qui visait à ramener le régime actuel à l’équilibre à l’horizon 2027. Le déficit du régime de retraite reste donc évalué entre 8 et 17 milliards d’euros (0,3 à 0,7% du PIB). En contrepartie, syndicats et organisations patronales ont jusqu’à fin avril pour proposer d’autres mesures qui permettraient d’atteindre l’équilibre financier à court terme sans réduire le niveau des retraites ni augmenter le coût du travail.

“Les conditions imposées sont très contraignantes”, souligne Thibault Vasse. “Si aucun accord n’est trouvé, le gouvernement pourrait très bien reprendre une mesure d’âge de court terme, au risque d’exacerber les tensions sociales”.

Sur le plus long terme, les générations plus jeunes font face à des incertitudes vis-à-vis des ajustements probables de l’âge pivot pour faire face aux déficits futurs. Les travailleurs plus âgés resteront au moins partiellement couverts par le système actuel et sont moins exposés à ces risques.

Les principales composantes de la réforme sont maintenant connues, même si les négociations se poursuivent sur plusieurs points. “La refonte du système de retraite devrait soutenir l’économie, mais elle ne portera sans doute pas pleinement ses fruits avant longtemps”, ajoute Thibault Vasse.

Next Finance 28 janvier
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