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La mondialisation En Marche pour cinq ans !

La candidate frontiste Marine Le Pen a finalement échoué dans la dernière ligne droite avant l’accession à la présidence française. Sa défaite apporte un grand soulagement aux marchés et aux élites politiques en Europe, à l’exception des eurosceptiques britanniques qui espéraient trouver une interlocutrice plus compréhensive pendant les négociations du Brexit...

La candidate frontiste Marine Le Pen a finalement échoué dans la dernière ligne droite avant l’accession à la présidence française. Sa défaite apporte un grand soulagement aux marchés et aux élites politiques en Europe, à l’exception des eurosceptiques britanniques qui espéraient trouver une interlocutrice plus compréhensive pendant les négociations du Brexit. Mais n’avons-nous pas en fait tout simplement acheté un peu de temps avant le dernier souffle de la mondialisation?

Emmanuel Macron, l’homme qui a vaincu le Front National, et son mouvement centriste «En Marche!», ne sont issus d’aucun parti politique traditionnel. Il propose un changement, à savoir une vision pro-Europe, favorable aux entreprises, ouverte sur l’extérieur et résolument optimiste, à l’opposé de la colère populiste incarnée par d’autres candidats. Après la défaite du Parti pour la Liberté (PVV) aux Pays-Bas en mars, ce changement de cap pourrait influencer les votes prévus en Allemagne et en Italie au cours des 12 prochains mois.

Comme je l’écrivais dans mon commentaire sur les élections, la victoire d’Emmanuel Macron permet aux investisseurs de recentrer leur attention sur l’amélioration rapide des fondamentaux européens, ce qui pourrait contribuer à renforcer un «rebond de soulagement» des actifs risqués. Si risques il y a, ils proviennent d’une inflation sous-jacente en hausse dans la zone euro, peut-être seulement le produit de la forte hausse des prix des vacances mais qui mérite d’être surveillée, l’optimisme entourant la reprise européenne reposant en grande partie sur le postulat que la BCE maintiendra sa politique accommodante.

En même temps, le fait que plus de 40% des électeurs français aient choisi de se rapprocher des extrêmes et de bouder les partis traditionnels de gauche et de droite est loin d’être anodin. Selon Eurostat, la dette publique brute de la France représentait 96% de son PIB fin 2016, contre 68% en Allemagne et 83% dans l’ensemble de l’UE - le chômage touchait 10% de la population active française contre 4% en Allemagne et 8,5% pour l’ensemble de l’UE.

Le programme économique d’Emmanuel Macron semble assez favorable aux marchés. Il ne propose certes pas de relever l’âge du départ en retraite, actuellement à 62 ans, mais il n’a au moins pas promis de le réduire à 60 comme Marine Le Pen. Il prévoit une réduction des dépenses publiques de 60 milliards d’euros pour ramener le déficit en-dessous de la limite européenne, mais aussi de baisser l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% et de dépenser 50 milliards d’euros sur cinq ans dans des mesures pro-croissance telles que l’apprentissage et les infrastructures.

Cependant, ces mesures risquent peu de satisfaire les électeurs qui ont voté Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. N’oublions pas que la formation «En Marche!», qui tient plus d’un mouvement que d’un parti politique organisé, a peu de chances d’être majoritaire aux législatives de juin. Un parlement favorable à une discipline budgétaire faciliterait la réforme des retraites et la baisse de l’impôt sur les sociétés, mais risquerait de faire obstacle aux projets de dépenses. La situation pourrait tout aussi bien déboucher sur une impasse politique qui ne ferait que ralentir la croissance économique. Aucune garantie donc que Marine Le Pen ou son successeur au FN soient battus à nouveau aux prochaines présidentielles dans cinq ans.

C’est d’ailleurs peut-être le point essentiel que nous devrions garder à l’esprit quand tout ce soulagement se dissipera. Emmanuel Macron a la chance d’entrer au Palais de l’Élysée à un moment où la croissance positive de l’économie peut l’aider à régler certains problèmes, quelle que soit la politique en place; mais ce soutien durera seulement quelques mois. Dans tous les cas, il est important que de réelles mesures soient prises pour rassurer les laissés-pour-compte de la mondialisation, sans mettre en péril la compétitivité de la France.

La vague populiste se retire pour l’instant, mais il se peut très bien que le régime «mondialiste» n’en ait que pour cinq ans à vivre. Si la nouvelle génération de réformateurs centristes échoue dans son projet, les populistes reviendront certainement à la charge, rendus plus forts par la colère et le ressentiment des électeurs. Aujourd’hui, l’heure est au soulagement, mais les élus comme les investisseurs doivent prendre garde à ne pas crier victoire trop vite.

Salman Ahmed 9 mai
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