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La folle dégringolade des taux

Un investissement rentable du moment est le carry trade Euro/dollar, qui permet d’empocher 3% sur 1 an si la parité $/€ reste stable, plus si le $ s’apprécie. Il s’augmente de 1.8% en plaçant les liquidités € dans des obligations corporate investment grade. C’est un placement spéculatif si l’on en abuse...

En quelques mois, la politique de la Fed a fait un virage à 180°, suite à la grave chute des marchés fin 2018. Alors qu’on attendait 2 à 3 hausses des taux en 2019, on est passé à une pause indéfinie et aux dernières nouvelles on parle même d’une baisse des taux. La Fed promet aussi d’arrêter la réduction de son bilan qui était sur «pilote automatique». Les signaux de ralentissement se multiplient et la croissance mondiale a dérapé de 2/10ème de point pour s’établir à 3%, sans certitude que cela va s’arrêter. Même si l’économie américaine reste dynamique, la Fed a dû réviser ses perspectives de croissance à la baisse. Le ralentissement chinois n’apparaît pas dans les prévisions, mais le marché automobile s’est affaissé de 30M véhicules/an à 23M récemment. Des fortes révisions continuent d’impacter l’Europe avec l’épée de Damoclès du Brexit. La courbe des taux a accentué son inversion ce qui laisse craindre une récession. La BCE a agi plus vigoureusement et le 30 ans allemand s’est retrouvé à 0.67%, du jamais vu. Quelles armes restent en cas de récession?

La conséquence de cet environnement sur l’investissement est le recours au marché immobilier où la rentabilité a reculé à 3% pour les bureaux prime à Paris, plus dans des zones à forte croissance comme les ÉtatsUnis, l’Europe de l’Est et du Sud. Le résidentiel va s’établir autour de 2-2.5%, auquel on ajoute l’inflation. Depuis la crise, l’argent facile a atterri chez les riches notoirement solvables et renforcé les inégalités. L’argent facile a également servi aux sociétés américaines surtout pour racheter leurs propres actions qui ont atteint un record de 4.2% en rythme annuel au dernier trimestre 2018. Cela permet d’optimiser les bénéfices par action et de soutenir les cours de bourse.

Un investissement rentable du moment est le carry trade Euro/dollar, qui permet d’empocher 3% sur 1 an si la parité $/€ reste stable, plus si le $ s’apprécie. Il s’augmente de 1.8% en plaçant les liquidités € dans des obligations corporate investment grade. C’est un placement spéculatif si l’on en abuse, mais de père de famille s’il est utilisé pour obtenir l’exposition $ souhaitée dans un patrimoine important.

Le dernier type d’investissement est en actions, dont on ne peut jamais être absent, en ajustant l’exposition à la marge en fonction du risque. Le Earnings yield du S&P 500 est à 5.8% et celui de l’Europe à 7.3%. Il ne faut pas perdre de vue que les marchés actions sont historiquement plus rémunérateurs que les obligations, mais sont malheureusement exposés au cycle économique. Après la crise de 2008 qui a vu les cours divisés par 2, beaucoup d’investisseurs sont restés «à tort» en dehors des marchés. Nos valorisations par la Prime de Risque montrent que l’objectif de cours fin 2019 est de 2833 points pour une clôture à 2834. Un marché bien valorisé où nous estimons le risque ambiant élevé avec des profits en haut de cycle. Cela nous amène à être exposés légèrement en-dessous de notre benchmark. Pour des patrimoines de plus de 10M€, notre allocation d’actifs est à 48% dans l’immobilier, 34% dans les actions, 8% en treasuries 2-4 ans, 5% en obligations et 5% en cash.

Plus les patrimoines sont élevés, plus la diversification est importante dans chaque poche, comme l’immobilier de bureau, hôtel, prêts mezzanine, private equity, carry trade…

En dépit du ralentissement économique perceptible partout, la bourse a été l’un des meilleurs actifs depuis le début de cette année, avec une hausse de 12.8% de l’indice MSCI World qui a rattrapé largement les pertes de 2018. La baisse des taux est la première explication. Notre allocation d’actifs en a pleinement profité. Il faut néanmoins garder en tête les risques parmi lesquels le fameux Brexit dont nous n’avons pas parlé, sauf pour nous étonner de constater que le marché a cessé de réagir depuis longtemps à l’événement. At-il raison?

Jacques Chahine 4 avril
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