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La correction passagère des marchés ne doit pas inspirer l'inquiétude

La crainte d’un retour de l’inflation et d’une remontée des taux a justifié la forte correction récente des marchés. Mais la dynamique de la croissance mondiale et les facteurs de limitation de l’inflation devraient empêcher toute baisse excessive des marchés actions.

La récente baisse des indices boursiers amène à s’interroger sur la valorisation actuelle des marchés et à se demander s’il s’agit d’une correction passagère ou bien d’un retournement durable après des mois de forte hausse. Tout est parti de la divulgation, vendredi 2 février, d’une progression mensuelle de 2,9% du salaire horaire moyen aux Etats-Unis. Une statistique qui a surpris les investisseurs. Cette hausse spectaculaire, la plus forte constatée depuis 2009, a semblé donner le signal d’un réveil de l’inflation chez de nombreux commentateurs guettant le moindre signe annonciateur de son retour depuis une décennie.

Une inflation qui restera contenue

Pour autant, les pressions inflationnistes devraient se heurter rapidement à une tendance de fond de l’économie globale qui empêchera toute flambée des salaires et des prix. Ces hausses de salaire restent localisées à certains secteurs sous tension aux Etats-Unis, en quête de profils très qualifiés. Dans le même temps, le départ à la retraite des baby-boomers, classe d’âge nombreuse et bénéficiant de rémunérations élevées en fin de carrière, devrait limiter la progression du salaire moyen des pays occidentaux.

En outre, le mouvement «d’ubérisation» de l’économie ne cesse de pousser les prix des biens et services à la baisse et le taux d’emploi aux Etats-Unis reste, autour de 63%, à des niveaux particulièrement faibles. Tant que ce chiffre ne remontera pas significativement, il n’y aura pas de remontée durable de l’inflation liée à la revalorisation des salaires outre-Atlantique.

Sur le front des «commodities», la bonne tenue de la production agricole mondiale devrait également contenir les prix des matières premières agricoles au cours des prochains mois. Sur les métaux ferreux et non ferreux, la demande chinoise continuera de soutenir les cours. En revanche, nous tablons sur une nouvelle baisse des prix du baril.

L’abondance de l’offre de pétrole de schiste aux Etats-Unis devrait contribuer à freiner les prix au niveau mondial. D’autant que depuis environ six mois, les cours du pétrole «spot» sont plus élevés que ceux pratiqués pour les contrats à terme.

Des banques centrales toujours disponibles en cas de besoin

Au niveau macroéconomique, les enquêtes de conjoncture dévoilent une croissance mondiale synchrone et dynamique, aussi bien en Asie et en Europe qu’aux Etats-Unis. Alors que la réforme fiscale américaine entraîne un retour des flux financiers vers les Etats-Unis et devrait soutenir l’investissement, la consommation des ménages américains continue de croître même si le taux d’épargne reste à des niveaux historiquement faibles (2,8% des revenus contre 15% en France!). Dans ce contexte, la remontée des taux serait un facteur particulièrement préjudiciable pour l’économie américaine et mondiale dans son ensemble.

En cas d’alerte, les banques centrales restent au chevet de l’économie mondiale malgré la fin progressive des politiques ultra-accommodantes. Ces politiques ont empêché les pays développés de s’enfoncer durablement dans la récession après la crise financière de 2008/2009. Il serait, par conséquent, peu logique que les grands argentiers de la planète laissent les marchés financiers et l’économie mondiale sombrer sans réagir après avoir «piloté» la reprise mondiale depuis une décennie. Sur ce point, ceux qui attendent un retrait massif des banques centrales jouent à se faire peur.

Si les intentions précises de Jerome Powell restent encore un mystère, sa réputation de «colombe» nous assure qu’aucune décision trop brutale (remontée des taux directeurs notamment) ne viendra amplifier la défiance des marchés. Le pragmatisme l’emportera.

Des révisions des bénéfices en forte hausse pour 2018

S’appuyant sur le dynamisme de la croissance mondiale et tout particulièrement sur le vote de la réforme fiscale aux Etats-Unis, la hausse des actions américaines enregistrée au cours des dernières semaines n’avait rien d’un emballement irrationnel. Les entreprises américaines ont en effet révisé en janvier leurs prévisions de hausse des bénéfices pour 2018 de manière assez spectaculaire: de 11,5% à 15,5%!

Après la correction récente, la tendance de moyen terme demeure positive sur les marchés actions. Si le marché cherchait un prétexte pour consolider, il l’a trouvé avec la progression du salaire horaire aux Etats-Unis mais les investisseurs ne doivent surtout pas céder à la panique.

Daniel Gérino 19 février
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