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L'Eglise et ses judicieux investissements dans le capital d'Amazon

Amazon est devenu au début du mois de septembre la troisième compagnie au monde à avoir dépassé les 1 000 milliards de dollars en bourse. Parmi ses investisseurs on retrouve notamment l’Eglise d’Angleterre. L’archevêque de Canterbury, Justin Welby, a été accusé récemment d’hypocrisie après avoir critiqué publiquement l’évasion fiscale d’Amazon.

Amazon est devenu au début du mois de septembre la troisième compagnie au monde à avoir dépassé les 1 000 milliards de dollars en bourse. Parmi ses investisseurs on retrouve notamment l’Eglise d’Angleterre. L’archevêque de Canterbury, Justin Welby, a été accusé récemment d’hypocrisie après avoir critiqué publiquement l’évasion fiscale d’Amazon.

Dans ce contexte controversé, Daniel Beunza, professeur agrégé au Center for Charity Effectiveness à Cass Business School, se demande si l’Église doit investir dans une entreprise dont elle désapprouve le comportement?

La montée de l’engagement actionnarial

Les critiques émises par l’archevêque Welby oublient un changement important sur la façon dont on investit aujourd’hui dans le capital d’une entreprise - la montée en puissance de ce que l’on appelle l’engagement actionnarial. Dans le passé, les investisseurs institutionnels approuvaient de manière générale les décisions prises par les dirigeants d’entreprises. Aujourd’hui, les investisseurs cherchent plutôt à inciter les entreprises à mettre en place les politiques responsables sur le plan environnemental ou social. Les actionnaires peuvent ainsi s’opposer à une gouvernance, jugée selon eux, peu responsable. Un moyen efficace d’exprimer ce désaccord est de rencontrer les dirigeants de l’entreprise en face à face. En effet, les «investisseurs religieux» au Royaume-Uni et aux États-Unis sont des adeptes de cette approche.

Le désinvestissement d’une entreprise diminue la capacité d’investisseur d’exprimer ses préoccupations.

La pratique d’engagement actionnarial est possible grâce au droit des sociétés en vigueur, qui permet aux petits investisseurs de détenir une voix. Cependant, au moment du désinvestissement l’actionnaire accepte de renoncer à la possibilité de prendre position sur des enjeux. Comme l’a décrit l‘économiste Albert Hirschman, les investisseurs peuvent avoir une " sortie " ou une " voix ", mais pas les deux.

Paradoxalement, les investisseurs se retrouvent souvent à placer leur argent dans des sociétés non parce que ils approuvent leur gouvernance, mais uniquement parce que la détention d’actions en leur sein leur confère une voix.

L’inconvénient d’une telle pratique est que les investisseurs peuvent être accusés de double jeu, soit de la hypocrisie.

«Les investisseurs religieux» excellent dans l’engagement actionnarial

Ce qui permet d’éviter les accusations d’hypocrisie, est de garder les critiques en privé, c’est-à-dire en les exprimant uniquement lors des réunions à huis clos avec la direction de l’entreprise. Cela permet également de créer un climat de confiance entre les investisseurs et l’entreprise et facilite la mise en place des solutions pour résoudre d’éventuels problèmes. De ce point de vue, la critique d’Amazon prononcée par l’archevêque est certes inhabituelle, en raison de son caractère public.

Les investisseurs généralement affirment publiquement lorsque l’entreprise se révèle irresponsable, ou lorsqu’elle ne tient pas ses promesses et que la confiance disparaît.

Ainsi, il est préférable de décrire sa critique non pas comme une hypocrisie, mais comme un processus de remontée des dysfonctionnements - l’engagement actionnarial – la pratique dans laquelle les investisseurs religieux excellent habituellement.

Daniel Beunza 27 septembre
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