IMG
L'Argentine à nouveau sur la bonne voie

Les perspectives économiques de l’Argentine s’améliorent et l’agenda des réformes structurelles menées par le gouvernement de Mauricio Macri semble être en bonne voie. Alors que MSCI[1] pourrait reclassifier l’Argentine de marché frontière[2] en marché émergent l’année prochaine, nous pensons qu’investir dans les taux locaux constitue le meilleur moyen d’accéder au cycle positif que connaît le pays.

Depuis le début de l’année, les fondamentaux économiques de l’Argentine s’améliorent. Il en va de même pour la probabilité que le pays réussisse à implémenter les réformes structurelles qui conféreront une plus grande compétitivité à son économie. En effet, après un succès symbolique à l’occasion des primaires du mois d’août dernier, l’administration actuelle vient de renforcer son assise en remportant les législatives de mi-mandat. La coalition de centre-droit Cambiemos (Changeons) de l’actuel président Macri a gagné la majorité des suffrages dans 14 provinces sur 24 et semble être en passe de décrocher près de 41% des votes dans la chambre basse des représentants.

Cette réussite devrait permettre à Macri de bâtir des coalitions solides qui seront à même de soutenir le passage des réformes indispensables à l’essor du pays: fiscalité, marché du travail et marché des capitaux. Ce qui augure bien pour la confiance des investisseurs.

L’Argentine a connu un cycle macroéconomique dit «stop and go» depuis 2010. Introduite sous l’administration péroniste à la fin des années 1940, cette théorie explique comment des périodes de croissance économique peuvent être suivies de plusieurs années de récession. Le «go» désigne la phase expansionniste soutenue par des politiques budgétaires et monétaires qui mènent à une crise de la balance des paiements en raison d’une monnaie surévaluée et de réserves de change insuffisantes. La pénurie de dollars crée une récession, les importations reculent et la balance des paiements s’améliore. Par conséquent, l’Argentine devra passer par une résolution des déséquilibres macroéconomiques avant de pouvoir rétablir ses opportunités de croissance.

Elu président en 2015, Mauricio Macri tente depuis deux ans de remettre l’économie sur les rails après une décennie de mauvaise gestion sous la direction de Cristina Fernández de Kirchner (2007-2015)[3].

Sous le gouvernement Kirchner, les politiques monétaire et budgétaire inadaptées ont créé un cercle vicieux. Entre 2007 et 2015, les réserves de change, utilisées pour financer un déficit budgétaire élevé, ont été réduites environ de moitié. Selon le FMI, les dépenses gouvernementales ont progressé d’environ 12 points de pourcentage (passant de 28% à 40% du PIB) sur la même période. L’introduction de contrôles sur les prix et les capitaux avait par ailleurs accentué une inflation déjà élevée et l’insuffisance de dollars. Le cercle vicieux était donc en place, avec un système de taux de change multiples, des distorsions des prix, une monnaie surévaluée et une absence de croissance économique.

Dès 2015, Mauricio Macri s’est attaqué aux problèmes monétaires en supprimant les contrôles des capitaux et en développant un programme de ciblage de l’inflation, qui est passée de 45% en juin 2016 à 23% en août 2017. Si le PIB a reculé de 2,3% en 2016, nous pensons que l’économie devrait progresser à un rythme de 3% cette année. De plus, le président a commencé à ouvrir l’économie du pays afin d’attirer des investissements étrangers. En juillet, BP, Total, Wintershall et la compagnie pétrolière étatique argentine YPF ont ainsi annoncé un investissement conjoint d’USD 1,15 milliard dans la formation de schiste de Vaca Muerta, une des principales formations de roches-mères de pétrole.

La hausse des investissements pourrait soutenir des secteurs privés sous-endettés, qui présentent un ratio dette privée/PIB de seulement 26%.

Si elle est engagée sur la bonne voie, l’Argentine n’en demeure pas moins confrontée à de nombreux défis. Depuis 2015, la polarisation politique a retardé nombre de réformes et Mauricio Macri devra gérer une coalition pour maintenir la majorité législative au Congrès. Nous espérons par conséquent que l’agenda des réformes structurelles ne pâtira pas des divergences politiques à venir et que l’administration saura mener à bon terme des négociations avec les leaders de l’opposition. De plus, l’Argentine pourrait souffrir d’un regain d’aversion au risque pour les actifs des marchés émergents à l’échelle mondiale, surtout si les taux courts remontent dans les pays développés. Nos prévisions sur le moyen terme restent néanmoins positives, mais nous pourrions être amenés à reconsidérer cet optimisme si nous constations une aggravation des déséquilibres macroéconomiques et une détérioration des conditions générales de liquidité dans le pays. Pour l’heure, nous observons plutôt une réduction des risques, car les politiques favorables au marché du président Macri semblent appelées à perdurer, soutenant l’investissement et la croissance et aidant à maintenir la notation de crédit du pays.

L’Argentine a désormais les cartes en mains pour renouer avec la croissance dans les années à venir.

Le pays entame une reprise, présente un bon potentiel de croissance et les milieux des affaires reprennent confiance. Le défi majeur que devra relever Mauricio Macri sera de faire aboutir la normalisation économique en alimentant le processus de désinflation, en attirant des investissements étrangers et en maintenant sa cote de popularité jusqu’aux prochaines élections présidentielles en 2019. Des déséquilibres macroéconomiques persistent certes, mais nous croyons que le pays a entamé une période d’expansion. Pour les investisseurs, les taux locaux constituent le meilleur moyen d’accéder au cycle positif. A nos yeux, les obligations indexées sur l’inflation et la dette à taux variable pourraient offrir des opportunités intéressantes en raison de la combinaison d’appréciation monétaire et de rendements nominaux élevés.

Stéphane Monier 26 octobre
Notes

[1] Morgan Stanley Composite Index

[2] Un marché frontière désigne un pays en développement qui est trop modeste pour être classifié comme un marché émergent

[3] Cristina Kirchner vient pour sa part d’être élue sénatrice aux législatives du 22 octobre, ce qui devrait la mettre à l’abri d’une peine de prison en cas de condamnation dans l’affaire de corruption dont elle fait l’objet.

Tags


Partager


Commentaire

Dans la même rubrique