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Élections britanniques : vers une ligne plus « soft » sur le Brexit et un impact modéré sur les marchés

Sept semaines après la décision du gouvernement britannique de convoquer des élections anticipées à la Chambre des Communes, afin de renforcer sa majorité parlementaire et de bénéficier d’une forte légitimité dans ses négociations avec l’UE, le résultat provisoire constitue une grosse déception pour les Conservateurs.

Sept semaines après la décision du gouvernement britannique de convoquer des élections anticipées à la Chambre des Communes, afin de renforcer sa majorité parlementaire et de bénéficier d’une forte légitimité dans ses négociations avec l’UE, le résultat provisoire constitue une grosse déception pour les Conservateurs. Ces derniers qui bénéficiaient d’une majorité de 17 sièges non seulement n’ont pas réussi à accroître leur avance, mais ont même perdu la majorité absolue. Theresa May devrait avoir tout juste le nombre de députés nécessaires à la formation d’un nouveau gouvernement, avec 318 sièges attendus pour le Tory sur 650 (-7 pour le Sinn Fein) et sans doute une dizaine de sièges pour le DUP (Democratic Unionist Parti) d’Irlande du Nord - soutien naturel des Conservateurs – ce qui lui donnerait 328 votes, juste au-dessus des 326 requis pour une majorité.

Ce vote exprime à la fois le souhait des électeurs d’une ligne plus «soft» sur le Brexit et d’une politique économique moins dominée par le programme d’austérité. Rappelons que la croissance du PIB britannique au 1er trimestre n’a été que de 0,2% soit le plus faible niveau de progression de l’ensemble des pays du G7, à égalité avec l’Italie et derrière la France (0,4%), l’Allemagne (0,6%) ou encore le Canada (0,9%). L’inflation, qui était de 0,5% en juin 2016, s’élève désormais à 2,7% alors que les salaires progressent peu, rognant de plus en plus sur le pouvoir d’achat des ménages. Certes, les prévisions de croissance pour 2017 sont encore satisfaisantes (autour de 1,5%) et le chômage reste faible, mais l’incertitude sur le Brexit pèse sur les intentions d’investissement et les plans de développement des entreprises.

Les résultats du vote augmentent les chances d’un gouvernement potentiellement instable, avec un risque réel de nouvelles élections dans les 12-18 prochains mois, même si Theresa May a annoncé son intention de former un gouvernement minoritaire. La Première Ministre dispose désormais de deux semaines pour faire voter son discours de politique générale. Le résultat des législatives vient compliquer les négociations sur le Brexit - qui ne pourront commencer comme prévu dans deux semaines - sachant la nouvelle ligne suivie pourrait aller dans le sens d’un assouplissement de la position britannique. Les unionistes irlandais du DUP sont en particulier très attachés à ce qu’aucune frontière trop contraignante ne soit mise en place entre l’Irlande (Eire) et l’Irlande du Nord, ce qui pourrait suggérer des concessions côté britannique. Theresa May avait aussi défendu l’idée d’une sortie du Royaume-Uni du Marché Unique afin de permettre au pays de retrouver sa souveraineté sur l’immigration, une stratégie qui risque désormais d’être remise en question.

L’impact sur les marchés est pour le moment contenu et concentré sur la livre qui a reculé de plus de 2% contre dollar - sa plus forte baisse depuis 8 mois - avant de se stabiliser autour de 1,275. La livre n’a donc pas retracé l’ensemble du mouvement de rebond observé depuis le 7 avril, lorsqu’elle traitait sur des niveaux proches 1,25 contre dollar. Les positions «short» sur le sterling qui s’étaient réduites depuis l’annonce des élections, ne devraient pas se reconstruire massivement, en dépit des risques d’instabilité probable du gouvernement de coalition.

Le FTSE100 réagit plutôt positivement, compte tenu du poids des grandes valeurs exportatrices, qui bénéficient de la dépréciation de la livre, avec une hausse de près de 0,6%. Le FTSE250 est davantage pénalisé, mais sa baisse reste pour le moment modérée (-0,3%). L’ensemble des marchés européens est par ailleurs bien orienté.

Deux scénarii semblent se dessiner: soit les Conservateurs parviennent à former un gouvernement de coalition (autour de May ou d’un autre leader du parti conservateur) et les marchés devraient se stabiliser; soit, scénario moins probable, il n’y parvient pas, ce qui laisserait une chance à la formation d’un gouvernement d’union entre le Labour, les DL et le SNP, augmentant encore davantage les chances d’un «softer Brexit», mais avec un impact potentiellement plus négatif pour les marchés, compte tenu de l’intention de Jeremy Corbyn de remettre en cause le programme d’austérité.

Nuno Teixeira 13 juin
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